Près d’une centaine de familles se retrouvent sans abri à Rubaya, dans le territoire de Masisi au Nord-Kivu, après la démolition de leurs habitations. L’opération, entamée le mercredi 12 août, s’est poursuivie samedi 15 août dans le secteur dit « Chez Rutivumbura », à la périphérie de la cité minière.
Selon des sources locales ayant requis l’anonymat, un ordre de délogement aurait été donné par des responsables de l’AFC/M23, qui contrôle la zone. Les raisons officielles de cette décision n’ont pas encore été communiquées.
Une opération sans cadre annoncé
Les démolitions ont débuté il y a environ une semaine et se poursuivent. Près d’une centaine d’habitations auraient déjà été détruites dans cette zone située à proximité du principal site d’exploitation du coltan de Rubaya.
Plusieurs proches des familles affectées estiment que cette opération serait liée à un projet d’extension de la carrière d’exploitation du coltan, dont le gisement s’étendrait vers cette partie habitée de la cité. Aucune communication officielle n’est venue confirmer cette hypothèse.
Des familles dénoncent une mesure arbitraire
Les familles concernées, estimées à plus d’une centaine, dénoncent une mesure qu’elles qualifient d’arbitraire. Elles affirment qu’aucun mécanisme d’indemnisation ou de relogement n’a été mis en place, ce qui constituerait, selon elles, une violation de leurs droits fondamentaux.
Cette situation survient dans un contexte sécuritaire et minier déjà tendu. Sous le contrôle de l’AFC/M23 depuis plus de deux ans, le site minier de Rubaya continue d’être exploité malgré son classement en zone rouge.
Un contexte minier à haut risque
L’année dernière, plus de 200 creuseurs artisanaux ont perdu la vie sur ce site, notamment à la suite de glissements de terrain et du manque d’encadrement des travailleurs. Ces derniers évoluent dans des conditions de sécurité particulièrement précaires.
La démolition des habitations ravive les préoccupations quant à la protection des populations civiles et aux conditions d’exploitation des ressources minières dans cette région en proie à l’insécurité. Aucune autorité n’a pour l’heure communiqué sur les suites à donner à cette opération.
Les habitants de Rubaya, déjà confrontés à une insécurité chronique, voient leur situation se dégrader davantage. La destruction de leurs maisons les prive non seulement d’un toit, mais aussi de leurs repères et de leurs moyens de subsistance. Dans une zone où l’exploitation minière constitue la principale activité économique, la perte d’un logement à proximité des sites d’extraction peut signifier la perte d’un accès direct à des revenus, même précaires.
La question de l’indemnisation et du relogement reste entière. Les familles affirment n’avoir reçu aucune proposition de la part des autorités de fait. Cette absence de mécanisme de compensation renforce le sentiment d’abandon et d’injustice parmi les populations affectées. Elle soulève également des interrogations sur le respect des normes humanitaires dans une région où les déplacements forcés sont déjà fréquents.
Le classement en zone rouge du site minier de Rubaya n’a pas empêché la poursuite de l’exploitation. Les conditions de travail des creuseurs artisanaux demeurent dangereuses, comme en témoignent les décès survenus l’année dernière. La démolition des habitations pourrait être perçue comme une nouvelle étape dans la pression exercée sur les populations locales, sans que des garanties de protection ne soient apportées.
La communauté internationale et les organisations humanitaires présentes dans la région n’ont pas encore réagi officiellement à cette opération. Le silence des autorités et l’absence de communication sur les raisons précises de ces démolitions laissent planer l’incertitude sur l’avenir des familles déplacées. La situation à Rubaya illustre les défis complexes liés à l’exploitation des ressources naturelles dans les zones de conflit, où les droits des populations civiles sont souvent relégués au second plan.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
