La célébration de la journée des peuples autochtones en République démocratique du Congo a mis en lumière un savoir souvent invisible : celui des sages-femmes pygmées. Présidée par le vice-ministre des Affaires coutumières, Jean-Baptiste Ndeze Katurebe, la cérémonie a rendu hommage à ces femmes qui accompagnent les naissances dans les forêts du Bassin du Congo. Le thème national de cette édition, axé sur la sage-femme autochtone pygmée, souligne leur rôle de gardiennes des savoirs ancestraux et de protectrices de la vie.
Cette reconnaissance officielle intervient alors que les pratiques traditionnelles de ces accoucheuses restent largement méconnues du grand public. Le vice-ministre a insisté sur la nécessité de valoriser leur contribution à la santé maternelle et à la transmission culturelle, tout en posant la question de l’articulation avec les services de santé modernes.
Un savoir traditionnel au service de la naissance
Les sages-femmes pygmées utilisent des techniques transmises de génération en génération, notamment pour couper le cordon ombilical. Priscilla Munyere, participante à l’événement, a souligné l’importance de ces connaissances dans les communautés autochtones. Ces pratiques, fondées sur la pharmacopée traditionnelle, permettent d’accompagner les naissances dans des zones souvent éloignées des structures sanitaires.
La valorisation de ces savoirs pose toutefois la question de leur compatibilité avec les protocoles médicaux contemporains. Les échanges lors de la cérémonie ont porté sur les techniques utilisées, mais aussi sur les risques liés aux complications pendant la grossesse et l’accouchement. L’enjeu est de trouver un équilibre entre respect des traditions et sécurité des mères et des nouveau-nés.
Les droits fonciers, un combat parallèle
Au-delà de la santé, les représentants des peuples autochtones ont réaffirmé leurs revendications concernant la reconnaissance de leurs droits fonciers. Les communautés Mbuti, Twa, Aka, Cwa et Baka, étroitement liées aux écosystèmes forestiers du Bassin du Congo, ont plaidé pour une meilleure prise en compte de leurs droits dans les politiques de gestion des terres et des ressources naturelles.
Cette double revendication – sanitaire et territoriale – reflète la situation complexe de ces populations. La protection des forêts, essentielle à leur mode de vie et à leurs savoirs, dépend directement de la sécurisation de leurs terres ancestrales. La cérémonie a ainsi été l’occasion de rappeler que la transmission des savoirs traditionnels est indissociable de la préservation des territoires qui les abritent.
Une reconnaissance institutionnelle à consolider
La présence du vice-ministre des Affaires coutumières marque une étape dans la reconnaissance officielle des pratiques des sages-femmes pygmées. Toutefois, les participants ont souligné que cette reconnaissance doit se traduire par des actions concrètes, notamment en matière de formation et de collaboration avec les services de santé. L’objectif est de réduire les risques tout en préservant un patrimoine culturel précieux.
La journée des peuples autochtones a ainsi permis de mettre en avant des héroïnes discrètes, dont le travail quotidien contribue à la vie et au bien-être des communautés forestières. Leur savoir, longtemps ignoré, mérite désormais une place dans les politiques publiques de santé et de protection sociale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
