Les opérations de démolition menées samedi 1er août sur la 18ᵉ Rue à Limete, dans la commune de Kinshasa, ont plongé les habitants dans l’incompréhension et la colère. Au cœur de la controverse, le ministre provincial de l’Environnement, Léon Mulumba, est accusé par les riverains d’avoir ordonné des destructions au-delà du périmètre initialement convenu, ravivant les tensions autour de la gestion foncière dans la capitale.
Une opération qui dépasse les limites annoncées
Selon les témoignages recueillis sur place, l’intervention de ce week-end a pris une ampleur inattendue. Les habitants affirment que lors des précédentes démolitions, les 15 mètres exigés par les autorités avaient été respectés. Cette fois, les engins se seraient aventurés plus loin, s’attaquant à des habitations qui n’étaient pas concernées par la mesure. « Cette fois-ci, il est entré dans nos avenues et s’en est pris aux habitations des riverains. Je ne comprends pas ce qu’il cherche réellement », déplore un résident, exprimant le désarroi général.
Des accusations de menaces et de pressions
La tension est montée d’un cran avec la présence de la Police militaire aux côtés du ministre. Un habitant, sous couvert d’anonymat, raconte une escalade en trois temps : « Le ministre Léon Mulumba est venu ici accompagné de la Police militaire pour nous menacer. Lors de sa première descente, leur mission a échoué et ils sont repartis. Ils sont revenus une deuxième fois avec des policiers et un colonel, déterminés à tout casser. Aujourd’hui, ils sont revenus pour la troisième fois, toujours accompagnés de la Police militaire. » Ce récit met en lumière un climat d’intimidation qui dépasse le simple cadre administratif.
Une demande d’argent qui interroge
Plus troublant encore, le même témoin évoque une exigence financière de la part du ministre provincial. Léon Mulumba aurait demandé aux habitants de lui remettre de l’argent ainsi que leurs livrets parcellaires, promettant de les restituer après un court délai. « Nous avons refusé. Il nous a alors avertis qu’il reviendrait tout démolir », rapporte la source. Cette allégation, si elle est avérée, soulève des questions sur les motivations réelles de l’opération et sur l’usage de la force publique à des fins personnelles.
Des coups de feu et une population en fuite
La colère des jeunes du quartier a été accueillie par une réponse musclée. D’après le témoignage, les policiers accompagnant le ministre ont tiré neuf coups de feu pour disperser la foule. « Heureusement, tout le monde a pris la fuite », précise l’habitant, soulignant le risque de drame évité de justesse. Cet épisode illustre la fragilité du dialogue entre les autorités et les citoyens, et la facilité avec laquelle la situation peut dégénérer.
Face à ces accusations, le ministre provincial de l’Environnement, joint par Radio Okapi, a promis de s’exprimer sur cette situation mercredi prochain. En attendant, les habitants de la 18ᵉ Rue réclament des clarifications sur les limites de la décision de démolition et sur les conditions dans lesquelles elle a été exécutée. Cette affaire met en évidence les défis de la gouvernance urbaine à Kinshasa, où l’application des normes environnementales se heurte souvent aux réalités sociales et aux suspicions de mauvaise gestion.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
