La décision est tombée comme un couperet. Mercredi 29 juillet 2026, le ministre provincial de l’Intérieur du Kasaï-Central, Kamayi Méroé, a ordonné la suppression immédiate de toutes les barrières illégales et faux postes de perception dans la province. Une mesure qui répond à une colère longtemps contenue, celle des transporteurs à vélo, les Bayanda, étranglés par des tracasseries quotidiennes. Mais au-delà de l’annonce, c’est la crédibilité de l’État et la survie économique de milliers de citoyens qui se jouent sur les routes poussiéreuses du Kasaï-Central.
Un ras-le-bol devenu intenable
Depuis des mois, les Bayanda dénonçaient un système qui les saignait à chaque trajet. « Au paravent on faisait face à plusieurs barrières », témoigne Louis Mbuyi, transporteur venu de Kabitanga, dans le territoire de Dibaya. Ces obstacles, souvent tenus par des agents sans mandat, transformaient chaque déplacement en parcours du combattant. Les usagers devaient s’arrêter, payer, repartir, pour retrouver quelques kilomètres plus loin une nouvelle barrière. Un racket organisé qui étouffait la libre circulation des personnes et des biens, pourtant garantie par la loi.
Une instruction venue du sommet de la province
Le communiqué du ministre Kamayi Méroé, daté du 27 juillet, ne laisse aucune place à l’ambiguïté. Sur instruction du gouverneur de province, il appelle les administrateurs des territoires et les chefs de secteurs à appliquer la mesure sans délai. Le ton est ferme : tout service qui installera une barrière ou percevra des taxes sans autorisation s’expose à des sanctions. Une mise en garde qui vise à restaurer l’autorité de l’État, trop souvent bafouée par des pratiques prédatrices. Mais la question demeure : les exécutants locaux, parfois complices de ces réseaux, obéiront-ils ?
Le soulagement prudent des Bayanda
Sur le terrain, l’annonce a été accueillie avec un soulagement teinté de méfiance. Louis Mbuyi ne cache pas sa satisfaction : « Nous saluons la mesure prise par les autorités. Mais aujourd’hui elles ne sont plus. » Pourtant, les transporteurs restent vigilants. Ils demandent aux autorités de veiller à l’application effective de cette décision, conscients que les annonces officielles se heurtent souvent à la réalité du terrain. Leur espoir : que les barrières illégales disparaissent définitivement des routes de la province, pour ne plus jamais renaître.
Un test pour la gouvernance provinciale
Cette mesure est bien plus qu’une simple opération de démantèlement. Elle interroge la capacité de l’exécutif provincial à faire respecter ses propres décisions. Dans une région où l’économie locale dépend largement des échanges et de la mobilité, chaque barrière illégale est un frein au développement. En s’attaquant à ces tracasseries, le gouvernement du Kasaï-Central joue sa crédibilité. Les Bayanda, eux, ont déjà repris la route, le guidon plus léger, mais l’œil toujours aux aguets.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
