La rentrée scolaire au Kasaï est suspendue à une crise bancaire qui paralyse le paiement des salaires des enseignants. Transférés de la banque Finca à Advance Bank en juin dernier, des centaines d’enseignants dénoncent des retards persistants qui les privent de leur prime de juin et menacent de boycotter la reprise des cours si aucune solution rapide n’est trouvée. Une déclaration publiée le 28 juillet 2026 cristallise leur exaspération et met en lumière les failles d’un processus administratif qui, loin de simplifier la rémunération, plonge les fonctionnaires de l’éducation dans une précarité accrue.
Un transfert bancaire qui vire au casse-tête administratif
Le passage de Finca à Advance Bank, censé moderniser le circuit de paie, s’est transformé en un parcours du combattant pour les enseignants. Selon Richard Muanza, l’un des porte-parole du groupe, les opérations d’identification ont débuté le 15 juin mais traînent en longueur. « Nous avons été transférés de Finca vers Advance Bank. Mais l’identification prend trois à quatre semaines. Ensuite, il faut encore attendre environ deux semaines pour obtenir un numéro de compte », explique-t-il. Ce délai contraste avec la situation de leurs collègues restés à Finca, qui auraient été payés le jour même de leur identification. Un décalage qui nourrit un sentiment d’injustice et d’abandon.
Des comptes vides et une chaîne de paiement grippée
Au-delà des lenteurs d’identification, c’est toute la mécanique de paiement qui semble grippée. Richard Muanza pointe une contrainte supplémentaire : « La banque doit d’abord contacter Kinshasa pour approvisionner les comptes, qui restent vides ». Cette dépendance vis-à-vis de la capitale retarde encore le versement effectif des salaires, laissant les enseignants sans revenu pendant des semaines. La prime du mois de juin, attendue avec impatience, n’a toujours pas été perçue, aggravant une situation financière déjà fragile pour de nombreux ménages.
Des enseignants des territoires pris au piège
L’impact est particulièrement rude pour les enseignants venus des territoires éloignés. Contraints de rester sur place pour accomplir les formalités, ils doivent assumer des frais de séjour imprévus, sans aucune certitude sur la date de leur paiement. Cette charge supplémentaire transforme une simple démarche administrative en une épreuve économique, révélant le manque d’anticipation des autorités. La colère qui monte n’est donc pas seulement celle de fonctionnaires lésés, mais celle de citoyens pris dans un engrenage qui les appauvrit.
La menace d’une rentrée scolaire perturbée
Face à cette impasse, les enseignants haussent le ton et brandissent la menace d’un boycott de la rentrée scolaire. « La rentrée scolaire approche. Si la situation n’est pas réglée, elle risque d’être fortement perturbée », prévient Richard Muanza. Un appel à l’intervention du gouverneur de province a également été lancé, mais pour l’heure, les démarches auprès des autorités n’ont produit aucun résultat. « Nous avons déjà saisi les autorités, mais rien ne change », déplore-t-il. La demande de retour à Finca, formulée comme une solution d’urgence, traduit une perte de confiance dans le nouveau système et une volonté de revenir à un circuit plus réactif.
Cette crise révèle un problème structurel : la défaillance des mécanismes de paiement des fonctionnaires, qui met en péril non seulement la stabilité des familles d’enseignants, mais aussi le droit à l’éducation de milliers d’élèves. Alors que la rentrée scolaire est imminente, l’incapacité à résoudre rapidement ce blocage pourrait avoir des conséquences durables sur le système éducatif du Kasaï. La balle est désormais dans le camp des autorités provinciales et nationales, dont la réactivité sera scrutée de près.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
