L’industrie musicale congolaise est secouée par une révélation qui met en lumière les failles de la protection des droits d’auteur. Papy Tex, ancien membre du groupe Empire Bakuba, affirme avoir été floué après l’utilisation de sa chanson « Kanda ya nini » dans le film Mississippi Masala (1991) de la réalisatrice Mira Nair. Une affaire qui illustre le manque criant de sensibilisation des artistes rd-congolais à la propriété intellectuelle et aux mécanismes de royalties.
Une promesse de royalties jamais honorée
Dans une vidéo récente, Papy Tex raconte comment Mira Nair l’a approché lors d’une tournée en Ouganda. « Elle est venue me chercher comme quoi elle voulait utiliser ma chanson “Kanda ya nini” dans son film », explique-t-il. L’artiste avait alors exigé 500 000 dollars américains pour la cession des droits, mais la réalisatrice a refusé, arguant que la chanson resterait sa propriété. « Elle m’a dit non, il ne faut pas faire ça, la chanson reste la tienne, tu ne peux pas me céder les droits de ta chanson », précise Papy Tex.
Finalement, un accord verbal est trouvé : une somme symbolique est versée, et Mira Nair promet que des royalties seront régulièrement déposées par son représentant au Zaïre. Mais la suite est amère. « Quand j’ai fini avec la dame, elle m’a donné son code postal. Je suis allé vérifier à la Poste pour confirmer que l’adresse était vraie. On me dira sur place que ce numéro postal n’existe pas », déplore le chanteur. Une escroquerie qui révèle l’absence de cadre contractuel solide et la vulnérabilité des artistes face à des interlocuteurs étrangers.
Le succès de Mississippi Masala et l’ombre des droits de synchronisation
Mississippi Masala a marqué le cinéma des années 1990, avec plus de 7 millions de dollars de recettes au box-office pour un budget d’environ 5 millions. La bande originale, éclectique, mêlait Otis Redding, Dr L. Subramaniam et Papy Tex. Pourtant, malgré ce succès commercial, les droits de synchronisation – ces redevances dues à l’auteur d’une chanson intégrée à un film – semblent avoir été ignorés pour l’artiste congolais.
Le contrat de synchronisation prévoit normalement un pourcentage sur les recettes ou une rémunération forfaitaire. Mais dans le cas de Papy Tex, l’absence de traçabilité et de suivi a rendu impossible toute perception. Cette situation met en évidence un déséquilibre structurel : les artistes des pays du Sud, souvent peu informés, signent des accords sans garanties juridiques, tandis que les productions internationales exploitent leurs œuvres à moindre coût.
Un manque d’éducation à la propriété intellectuelle
Le cas de Papy Tex n’est pas isolé. De nombreux artistes rd-congolais méconnaissent les rouages de la propriété intellectuelle, ce qui les expose à des arnaques. Les royalties, qui consistent à accorder à l’artiste un pourcentage sur l’exploitation de son œuvre, restent un concept flou pour beaucoup. Sans sensibilisation ni formation, les musiciens se retrouvent démunis face à des contrats complexes.
Cette affaire souligne l’urgence de renforcer l’éducation artistique en RDC. Chaque artiste qui perçoit ses droits d’auteur devient un acteur d’un secteur plus transparent et durable. À Kinshasa, des initiatives pourraient voir le jour pour accompagner les créateurs dans la gestion de leurs droits, mais le chemin reste long. La révélation de Papy Tex doit servir de leçon : réclamer ses droits légitimes n’est pas une option, mais une nécessité pour l’économie musicale congolaise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Eventsrdc
