L’annonce par le président Félix Tshisekedi de la convocation prochaine d’un dialogue national suscite des réactions contrastées au sein de la classe politique et de la société civile congolaise. D’un côté, le Conseil national de la jeunesse (CNJ) salue une initiative répondant aux aspirations populaires ; de l’autre, l’opposant Delly Sesanga, figure de la coalition C64, y voit le résultat d’une pression constante exercée sur le pouvoir.
Un dialogue sous conditions pour le Conseil national de la jeunesse
Dans une déclaration publiée le 20 juillet, le CNJ-RDC a exprimé son soutien à la démarche présidentielle, estimant qu’elle fait écho aux recommandations du Grand débat de la jeunesse sur les réformes institutionnelles tenu le 3 juillet 2026. La structure, présidée par l’ambassadeur Claude Mbuyi, considère ce dialogue comme une opportunité de renforcer la cohésion nationale et de consolider un front commun face aux défis sécuritaires.
Le CNJ insiste toutefois sur un préalable : le processus ne doit pas devenir un cadre d’impunité. « Le dialogue national ne saurait, en aucun cas, se substituer à la justice ni servir de cadre d’impunité. Il doit être fondé sur les principes de vérité, de justice, de réconciliation et de responsabilité », souligne la déclaration. L’organisation rappelle que les auteurs de crimes graves doivent répondre de leurs actes et que la mémoire des victimes doit être préservée, avec des réparations pour les survivants.
Delly Sesanga revendique un recul présidentiel
Pour Delly Sesanga, l’annonce du dialogue national constitue un recul de Félix Tshisekedi, obtenu sous la pression de la C64. Intervenant lors d’un espace en ligne animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, l’opposant a rejeté les critiques selon lesquelles son engagement ferait le jeu du pouvoir. Il rappelle que les mêmes voix jugeaient impossible toute manifestation à Kinshasa et prônaient la violence armée comme seule expression politique.
Selon lui, la coalition a réussi à porter le débat au niveau sous-régional et à contraindre le président à revenir sur ses « pétitions de principe » excluant tout dialogue. Il évoque la feuille de route de Luanda, sous médiation africaine de João Lourenço, qui avait atteint un niveau d’avancement prometteur. Ce résultat tangible, obtenu en deux mois, démontre que l’action pacifique peut faire reculer ce qu’il qualifie de dérive dictatoriale.
Un président « au mur » et des attentes sociétales
Delly Sesanga estime que le chef de l’État se trouve désormais « au mur » et doit tenir la parole donnée, sous le regard des pères de l’Église engagés à ses côtés. Un désengagement de Tshisekedi ne nuirait pas seulement à la coalition, prévient-il, mais à l’ensemble de la société congolaise, convaincue que la mobilisation pacifique peut encore infléchir le pouvoir. Il s’agit désormais de consolider ce premier succès dans la durée.
Le contraste entre les positions du CNJ et de la C64 illustre les attentes divergentes autour de ce dialogue. Si le CNJ y voit une réponse aux aspirations de la jeunesse et un outil de cohésion nationale, Delly Sesanga l’interprète comme une victoire politique arrachée par la pression populaire. Les deux camps s’accordent cependant sur la nécessité d’un cadre respectueux des principes de justice et de responsabilité.
Article Ecrit par Cédric Botela
Sources: Actualite.cd, actu30.cd
