La mission confiée par Félix Tshisekedi aux confessions religieuses se précise. Interrogé lors d’un Space live organisé lundi par Stanis Bujakera Tshiamala, le pasteur Eric Nsenga a détaillé une approche en « crescendo », révélant les contours d’un processus dont la finalité reste le dialogue national. Mais à quel prix pour la crédibilité des Églises et l’avenir institutionnel du pays ?
Une feuille de route en actualisation
Selon le pasteur Nsenga, une première phase a consisté à restaurer l’image des relations entre l’Église et l’État. Désormais, le « temps opportun » est venu d’engager officiellement le pays dans le dialogue. La mission actuelle des confessions religieuses vise à préparer l’environnement nécessaire, jugé impossible tant que persistent un climat de méfiance et des blessures. Sur le plan pratique, un travail d’actualisation de la feuille de route déjà élaborée par le passé, avec le concours du cabinet présidentiel, a débuté cette semaine. La rendre publique constitue désormais la priorité. Cette feuille de route, dont le contenu reste à dévoiler, cristallise les attentes : elle devra démontrer que le processus n’est pas un simple exercice de communication, mais bien une tentative de renouer les fils d’un tissu social déchiré.
Un rôle de médiation à formaliser
Interrogé sur la nature exacte du rôle de l’Église, Eric Nsenga a confirmé qu’elle jouera, dans les faits, un rôle de médiation. Il a illustré cette posture par la rencontre déjà tenue avec les responsables de la C64, tout en précisant que ce rôle restait, à ce stade, à formaliser officiellement. Le pasteur a présenté le dialogue interne entre les pasteurs et le Président comme un exemple destiné à se reproduire à tous les niveaux de la société, avec la contribution de l’ensemble des acteurs, et non des seules Églises. Cette approche inclusive, si elle se concrétise, pourrait élargir la base du dialogue au-delà des cercles politiques traditionnels. Mais elle soulève aussi une question : les Églises disposent-elles de la légitimité et des moyens pour incarner une médiation acceptée par toutes les parties ?
Un pari risqué pour les Églises
En acceptant cette mission, les confessions religieuses s’exposent à un double risque : celui d’être perçues comme un instrument du pouvoir, et celui de voir leur médiation échouer face à une crise de confiance généralisée. La crédibilité des Églises, déjà mise à l’épreuve par des années de tensions politiques, pourrait sortir affaiblie si le dialogue ne débouche pas sur des avancées concrètes pour la population. Pour l’heure, la priorité affichée est la publication de la feuille de route, un document qui sera scruté comme un test de transparence et d’indépendance. Les citoyens, lassés des promesses non tenues, attendent des actes. La réussite de cette médiation religieuse dépendra moins des discours que de sa capacité à restaurer un minimum de confiance entre les acteurs politiques et la société.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
