Les tronçonneuses vrombissent sans répit dans les forêts de Kabambare. Des arbres centenaires s’effondrent, aussitôt débités en planches par des scieurs qui opèrent sans permis, sans contrôle. La société civile du territoire, dans la province du Maniema, lance un cri d’alarme : l’exploitation forestière illégale s’emballe, et avec elle, la destruction du patrimoine naturel.
Un pillage à ciel ouvert
Olivier Tshomba, cadre de la société civile et jeune leader du territoire, ne mâche pas ses mots. « Nous alertons les autorités provinciales et nationales sur cette exploitation illégale qui détruit progressivement nos forêts. Elle est orchestrée par des opérateurs économiques et des scieurs qui agissent en dehors de tout cadre légal », a-t-il déclaré à la presse locale. Le bois d’œuvre est commercialisé sans vergogne, alimentant un trafic qui échappe à toute régulation. Les forêts de Kabambare, poumon vert du Maniema, se vident jour après jour sous les coups de hache, sans que personne ne semble en mesure d’arrêter cette hémorragie.
Biodiversité et climat en première ligne
L’abattage anarchique n’est pas sans conséquences. Selon Olivier Tshomba, cette situation contribue fortement à la dégradation de la biodiversité et accentue les effets du changement climatique dans la région. Les écosystèmes fragiles du Maniema, riches en espèces végétales et animales, subissent une pression croissante. Chaque arbre abattu est un coup porté à l’équilibre naturel, sans que des mesures de reboisement ou de gestion durable ne soient envisagées. La disparition du couvert forestier modifie les cycles de l’eau, érode les sols et libère du carbone dans l’atmosphère, aggravant un phénomène climatique déjà perceptible par les communautés locales.
Un code forestier méconnu, des communautés démunies
La société civile pointe un autre problème : le manque de vulgarisation du code forestier. Dans les villages, peu de gens connaissent les règles qui protègent la forêt. Aucune campagne de sensibilisation n’est menée par les structures environnementales ou les services de l’État. Résultat : les communautés locales, souvent démunies, assistent impuissantes au pillage de leurs ressources, ou y participent faute d’alternatives économiques. Olivier Tshomba déplore cette absence d’actions de sensibilisation, qui laisse le champ libre aux exploitants illégaux et prive les populations des outils juridiques pour défendre leur environnement.
Des groupes armés dans la chaîne d’exploitation
L’inquiétude monte encore d’un cran avec l’implication de groupes armés dans cette exploitation anarchique. Leur présence aggrave la situation sécuritaire et environnementale dans cette partie du Maniema. Le bois devient une source de financement pour ces acteurs illégaux, rendant toute intervention des autorités encore plus complexe et dangereuse. La forêt, déjà menacée par les scies, devient aussi un théâtre de conflits où l’argent du bois alimente la violence.
Face à cette réalité, Olivier Tshomba appelle les autorités provinciales et les organisations de protection de l’environnement à s’impliquer activement. Il recommande l’organisation de campagnes de sensibilisation pour faire connaître le code forestier et encourager une gestion durable des ressources naturelles. Un appel pressant, alors que les forêts de Kabambare continuent de reculer sous les coups de hache, et que le silence des pouvoirs publics laisse craindre une catastrophe écologique irréversible.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: actu30.cd
