Au marché Odia David de Mbuji-Mayi, dans la province du Kasai-Oriental, une pratique d’extorsion policière prend une tournure particulièrement dégradante pour les vendeuses de maïs. Depuis plusieurs semaines, des agents de l’ordre imposent une taxe illégale et marquent le bras des commerçantes au stylo bleu en guise de reçu. Ce système, qui mêle intimidation et prélèvement en nature, illustre les pressions économiques quotidiennes qui pèsent sur les petits commerces locaux.
Un marquage corporel comme preuve de paiement
Chaque matin, dans les allées du marché, les vendeuses doivent se soumettre à un rituel forcé : payer une somme aux policiers ou donner une partie de leur marchandise, puis tendre le bras pour recevoir un signe tracé au stylo. Ce marquage, souvent un « OK » ou un autre symbole, sert de justificatif auprès d’un second groupe d’agents chargés du contrôle. Une commerçante décrit le procédé : « Les policiers entrent au marché et demandent 200 francs pour les vélos. Si tu n’as pas 200 francs, tu donnes le maïs comme contrevaleur. Ils font le signe OK sur ton bras. Si ça s’efface, tu auras des difficultés pour te justifier auprès des autres policiers, parce qu’ils sont en deux groupes : ceux qui collectent et ceux qui contrôlent. »
Des tarifs variables et un prélèvement en nature
Le montant exigé dépend de l’activité : 200 francs congolais pour les cyclistes qui transportent les céréales, et 100 francs pour les vendeuses installées à même le sol. Lorsque les liquidités manquent, les agents n’hésitent pas à saisir des denrées, munis de sachets prévus à cet effet. « Moi, j’ai donné le maïs parce que je n’avais pas 200 francs. Le signe ne s’efface pas », confirme une autre marchande. Cette ponction directe sur les stocks réduit les marges déjà faibles de ces commerçantes, dont l’activité constitue souvent l’unique source de revenus pour leur foyer.
Des autorités qui se disent surprises et promettent des enquêtes
Interrogées par Radio Okapi, les autorités policières et municipales de Mbuji-Mayi affirment ne pas être au courant de cette taxe illégale. Elles déclarent tomber des nues et annoncent l’ouverture d’enquêtes disciplinaires pour identifier et sanctionner les agents impliqués. En attendant les résultats de ces investigations, aucune mesure concrète n’a été prise pour faire cesser les prélèvements. Les vendeuses, elles, continuent de subir cette pression quotidienne, contraintes de tendre le bras pour préserver leur gagne-pain.
Un frein à l’activité économique locale
Cette extorsion routinière pèse lourdement sur l’économie du marché Odia David. En ponctionnant une partie des recettes ou des marchandises, elle réduit la capacité des vendeuses à réinvestir dans leur commerce et à faire face aux dépenses familiales. À terme, de telles pratiques risquent de décourager l’activité commerciale et d’aggraver la précarité dans une région où le petit commerce joue un rôle essentiel dans la subsistance des ménages. La fin de ce système dépendra de la volonté des autorités à transformer leurs promesses d’enquête en actions disciplinaires effectives.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
