À Kinshasa, de nombreuses artères majeures sont dépourvues de panneaux de signalisation et de feux tricolores. Cette absence généralisée plonge la circulation dans une confusion permanente, exposant les usagers à des risques d’accidents et à des embouteillages monstres. Comment la capitale congolaise en est-elle arrivée là, et quelles réponses concrètes sont envisagées pour y remédier ?
Des axes stratégiques sans régulation
Sur la route de l’Université, entre le rond-point Ngaba et l’Université de Kinshasa, aucune signalisation verticale ni feu tricolore ne régule les intersections avec les rues secondaires. Les véhicules qui en débouchent provoquent des conflits de priorité et des ralentissements. À la bifurcation de la route de contournement, à hauteur de la station Salongo dans la commune de Lemba, les véhicules et les motos en provenance du boulevard Lumumba croisent brutalement ceux qui arrivent du rond-point Ngaba, sans feu ni agent de la Police de circulation routière pour organiser le trafic.
Le même constat vaut pour les boulevards Lumumba, Sendwe et Triomphal, où le marquage au sol fait défaut sur plusieurs tronçons, compliquant la délimitation des voies et la traversée des piétons. De l’aéroport international de N’Djili jusqu’au croisement de l’avenue des Huileries et du boulevard du 30 Juin, la signalisation horizontale et verticale est largement absente sur de nombreuses portions.
Les grands carrefours de la capitale — les ronds-points Ngaba, Victoire et Kimpwanza, ainsi que les intersections de Cohydro, du pont Cabu et du Palais du Peuple — connaissent régulièrement des perturbations majeures. Aux heures de pointe, il devient particulièrement difficile de les franchir : les véhicules changent de direction sans régulation suffisante, provoquant conflits de priorité, ralentissements et longues files d’attente. Certains passagers finissent par descendre des véhicules pour poursuivre leur trajet à pied.
Un expert pointe le manque de volonté politique
Le professeur Vale Manga, expert de la circulation routière, attribue cette situation au manque de volonté politique et à l’insuffisance des moyens financiers mis à la disposition de la Commission nationale de prévention routière (CNPR) depuis sa création. Il rappelle que la seule intervention financière de l’État congolais en faveur de la sécurité routière remonte au projet de sécurisation de huit carrefours dangereux de la ville. Il dénonce également le détournement présumé de 10 % des fonds destinés à la signalisation routière, intégrés dans les devis des sociétés chargées de la construction des routes.
À ces difficultés s’ajoutent le manque d’expertise en matière d’implantation des panneaux, de traçage des marquages au sol et d’installation des feux tricolores, le nombre d’agents suffisamment formés restant très limité. Le vandalisme des rares équipements existants aggrave encore le problème.
L’expert évoque environ 400 accidents mortels par mois à Kinshasa, en plus des embouteillages monstres qui paralysent régulièrement la circulation. Pour y remédier, il préconise l’installation de 15 000 panneaux de signalisation routière, le traçage de 20 000 marquages au sol et l’aménagement de 600 carrefours à feux dans la capitale. La CNPR, assure-t-il, pourrait garantir leur fonctionnement durable et leur entretien.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
