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Ebola en RDC : les impayés interrompent la riposte sanitaire

En Ituri, au Haut-Uélé et au Nord-Kivu, des impayés ont interrompu plusieurs activités de la riposte contre Ebola entre juillet et septembre 2026. Enterrements dignes et sécurisés, décontamination, contrôles sanitaires et travail communautaire ont été concernés, selon une enquête d’Actualite.cd fondée sur 65 rapports de situation et 43 entretiens.

Ces interruptions ont des effets documentés sur les mesures sanitaires : à Rwampara, les enterrements étaient paralysés le 13 juillet faute de paiement. Ces opérations servent à limiter les contaminations autour des corps des victimes. Au Haut-Uélé, six points de contrôle ont cessé de transmettre leurs données le 15 août en raison d’une grève.

Des services interrompus dans trois provinces

La mobilisation était visible dès le 6 juillet devant l’hôpital général de Rwampara, en Ituri. Des agents chargés notamment de la surveillance, de l’hygiène et de la prise en charge des malades refusaient de reprendre le travail, affirmant attendre leur rémunération depuis plusieurs semaines.

Le mouvement a ensuite touché d’autres fonctions et territoires. Une grève de décontaminateurs a été signalée en Ituri le 15 août. Entre le 31 août et le 12 septembre, les rapports de situation y recensaient douze points de contrôle en grève. Le 23 septembre, six points de contrôle de Nia-Nia étaient à l’arrêt faute de paiement.

À Beni, au Nord-Kivu, des équipes de communication et d’engagement communautaire, des équipes psychosociales et des relais communautaires ont cessé le travail le 21 septembre. Ils réclamaient trois à quatre mois de primes. L’enquête relève au total des arrêts pour impayés dans au moins six catégories de personnel.

Des primes variables et des listes de paie contestées

Pour expliquer les difficultés de rémunération, Roger Kamba met notamment en cause les différences de barème entre partenaires. Selon le ministre de la Santé, certains relais communautaires recevaient entre 20 et 60 dollars par mois. Il affirme avoir imposé un minimum de 150 dollars. Les rapports de situation ne précisent toutefois pas qui devait payer les équipes en grève, et les ONG sollicitées par Actualite.cd n’ont pas répondu sur le fond à ses accusations.

Une étude distincte du Cadre de concertation sur les ressources naturelles (CdC-RN), publiée le 1er octobre, décrit aussi des écarts entre les primes annoncées et les sommes reçues. Auprès de 53 personnes interrogées à Bunia, Rwampara et Mongbwalu, les montants déclarés atteignent en moyenne 553 dollars promis, contre 368 dollars effectivement versés.

Roger Kamba affirme par ailleurs que les paiements en personne, instaurés à partir de fin juillet et début août, ont révélé environ 20 % d’effectifs fictifs parmi les agents déclarés. Ce chiffre reste une déclaration ministérielle : Steve Ahuka-Mundeke, manager terrain de la riposte, n’a pas pu être joint par Actualite.cd pour le confirmer.

Le ministère a engagé une identification biométrique avec remise de cartes aux agents et compare les listes avec celles de ses ressources humaines et de l’Ordre des médecins. Le nombre de cartes distribuées n’a pas été précisé. De son côté, le secrétaire permanent du CdC-RN, Dieudonné Kasonia, dit avoir relevé du personnel fictif dans les trois zones de santé couvertes par son étude.

Financement de la riposte : distinguer promesses et versements

Fin septembre, les promesses de financement dépassaient 2 milliards de dollars selon le département d’État américain et atteignaient environ 2,9 milliards selon Africa CDC. Ces engagements couvrent aussi l’Ouganda, la recherche, les vaccins et l’aide en nature. Ils ne correspondent donc pas à des sommes intégralement versées pour rémunérer les agents en RDC.

Selon Roger Kamba, au 30 septembre, 25 ONG sur 83 avaient justifié l’utilisation de leurs fonds. Il indique qu’elles déclaraient environ 250 millions de dollars reçus, un peu plus de 150 millions justifiés et 92 millions encore détenus. Ces derniers fonds étaient présentés comme non dépensés. Le ministre affirme avoir transmis le dossier des 58 autres ONG à la Première ministre pour qu’elles justifient leurs fonds ou quittent le territoire.

Les documents examinés par Actualite.cd ne permettent pas de suivre les financements depuis les promesses jusqu’aux primes impayées de Beni. Le 24 septembre, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, avait appelé à retracer chaque dollar, de l’engagement au décaissement, puis aux services rendus aux communautés. Des enquêtes administratives sont en cours ; aucune sanction n’avait été prononcée au moment de la publication.

A lire aussi : Ebola : deux médecins décédés en Ituri et au Nord-Kivu ; Riposte Ebola en Ituri : la RDC veut un suivi rigoureux des fonds

Article Ecrit par Amissi G

Source: Actualite.cd

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