Sur la RN27 en Ituri, les transporteurs ont levé leur grève le 23 octobre 2026, après des échanges avec l’administration provinciale. À Bunia, une hausse du prix de l’essence avait été signalée pendant l’interruption. Au 25 octobre, le retour des convois est rapporté, mais aucune baisse consécutive des prix n’est établie. Quel effet de cette interruption peut-on effectivement mesurer sur l’approvisionnement ?
Du 13 au 23 octobre, plusieurs phases de perturbation
La chronologie commence par les violences du 13 octobre à Pimbo, dans le territoire de Djugu. Selon le chef du secteur de Djatsi, Justin Gudza, trois chauffeurs ont été tués dans une attaque attribuée à des miliciens de la CODECO-URDPC. Cette attribution ne constitue pas une responsabilité pénale établie par une juridiction.
Une première reprise intervient dès le 14 octobre entre Fataki et Iga-Barrière. Plus de 200 véhicules immobilisés ont commencé à repartir sous escorte des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et de la MONUSCO. Ce passage de convois précède le mouvement de grève généralisé.
Dans un mémorandum adressé aux autorités le 16 octobre, les chauffeurs annoncent la suspension du trafic entre Bunia et Fataki. Leurs revendications portent sur les obsèques des victimes, l’assistance aux familles, une protection permanente et l’ouverture d’une enquête. Le débrayage généralisé entre Bunia et Mahagi est ensuite signalé à partir du 17 octobre.
Les durées rapportées divergent : dix jours dans un bilan publié le 25 octobre, plus de deux semaines dans celui du 24 octobre. La séquence distingue néanmoins une perturbation initiale, un passage sous escorte, puis une suspension collective levée le 23. Elle ne permet pas de retenir une durée unique d’immobilisation pour tous les véhicules.
Des livraisons retardées, un surcoût du fret non chiffré
Le 22 octobre, des centaines de véhicules restent à l’arrêt, notamment à Mahagi, Ngote et Fataki. Des produits alimentaires partis de Mahagi pour Bunia sont également bloqués en route. L’effet sur l’approvisionnement est concret : des marchandises destinées aux commerçants n’atteignent pas leur marché pendant l’immobilisation.
Pour les voyageurs, l’attente entraîne des dépenses supplémentaires d’alimentation et de séjour. Ces frais montrent comment l’immobilisation peut alourdir le coût d’un déplacement. Ils ne constituent toutefois pas une mesure du tarif du fret facturé aux commerçants. De même, la durée du mouvement ne peut être assimilée à un retard moyen de livraison.
Au 25 octobre, plus de 600 véhicules sont signalés repartis et les premiers convois arrivés à Bunia. Ce décompte rassemble passagers et marchandises : il ne mesure ni le volume de carburant livré ni la reconstitution des stocks des stations-service.
À Bunia, une hausse localisée de 700 francs par litre
Le constat chiffré le plus précisément daté concerne le 22 octobre : le litre d’essence est passé de 3 800 à 4 500 francs congolais dans certaines stations-service de Bunia. L’écart représente 700 francs, soit environ 18,4 %. Pour dix litres achetés à ces prix, la dépense supplémentaire atteint 7 000 francs.
Des ventes à 5 000 francs sont également rapportées dans certains points pendant la grève. Ces observations ne décrivent pas un prix uniforme dans toute la ville. Elles ne permettent pas davantage de calculer une moyenne représentative du marché.
Le blocage des livraisons et le renchérissement de l’essence se produisent pendant la même période, mais leur lien direct reste à confirmer. Une réduction des arrivages peut tendre l’offre disponible ; elle ne suffit pas à déterminer quelle part de la hausse provient du transport, des stocks ou des décisions commerciales.
La formation des prix avait d’ailleurs déjà fait l’objet d’une intervention distincte plusieurs mois auparavant. Le 4 mai 2026, le ministère de l’Économie annonçait un réaménagement de la structure des prix de la zone Est, après une rencontre avec les pétroliers de l’Ituri soutenue par la Fédération des entreprises du Congo. Cette annonce historique ne fixe pas le prix effectivement pratiqué à Bunia en octobre et n’explique pas, à elle seule, sa variation récente.
Les engagements provinciaux et la sécurité des échanges
Selon les représentants des transporteurs, la rencontre du 23 octobre avec l’administration militaire a débouché sur des assurances de sécurité. Les autorités provinciales ont également annoncé la suppression de plusieurs taxes présentées comme illégales. Les représentants des transporteurs nationaux et étrangers ont appelé à reprendre la circulation. Une annonce de suppression ne démontre cependant pas que les prélèvements ont effectivement cessé.
Dieumerci Uwilo, coordonnateur des transporteurs, fait état d’un accord pour renforcer la sécurité, notamment entre Lopa et Nyoka. Une équipe dépêchée sur le terrain aurait constaté la présence de militaires dans les zones concernées. La reprise répond ainsi à une exigence immédiate de circulation. Elle ne règle pas, par elle-même, la demande d’enquête sur les tueries.
Cette dépendance des échanges à la sécurité rejoint la position défendue par Floribert Anzuluni, ministre congolais de l’Intégration régionale, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du COMESA à Harare. Il y a présenté la sécurité dans l’est de la RDC comme déterminante pour la mise en œuvre de l’intégration économique régionale.
Pour Bunia, le résultat établi reste circonscrit : des approvisionnements retardés, une hausse localisée de l’essence pendant l’arrêt et une reprise des arrivées après l’accord. Le coût supplémentaire du fret demeure non chiffré. Le redémarrage de la RN27 rétablit une possibilité de livraison ; au bouclage du 25 octobre, il ne permet pas encore de conclure à une baisse des prix.
Sources
- Ituri : le trafic reprend sur la RN27 sous escorte après l’attaque meurtrière de trois chauffeurs
- RN27 : les chauffeurs poids lourds annoncent la suspension du trafic après la tuerie de Pimbo
- Ituri : la RN27 paralysée, Bunia coupée de Mahagi depuis six jours
- RN27 en Ituri : les chauffeurs refusent de reprendre le trafic, l’approvisionnement de Bunia perturbé
- Ituri : le prix de l’essence augmente à Bunia suite à la grève des camionneurs sur la RN27
- Ituri : reprise du trafic sur la RN27 après accord entre transporteurs et administration militaire
- La RN27 rouvre, six cents véhicules repartent, et le prix de l’essence toujours à la hausse
- Communiqué de presse n°125/2026 — Zone Est : des mesures arrêtées pour assurer l’approvisionnement en produits pétroliers
- Comesa : la sécurité dans l’Est de la RDC, déterminante pour l’intégration économique régionale
