Le compromis politique de 2018 est au centre de l’analyse de Christian Moleka sur le basculement de Joseph Kabila. Lors d’un Space live mardi 13 octobre, l’analyste y a vu l’échec d’une alternance reposant sur deux majorités opposées. Patrick Mbeko a proposé une autre lecture, fondée sur les contraintes imposées à l’ancien président.
Christian Moleka situe la rupture dans l’accord de 2018
Pour Christian Moleka, le conflit prend racine dans une rivalité entre un président sortant désireux de conserver son influence et un président entrant qui ne disposait pas encore pleinement du pouvoir. Il situe en 2021, avec la fin de la majorité FCC, l’éclatement de ce rapport de force, qui atteindrait aujourd’hui son point culminant.
L’analyste décrit ensuite un mécanisme dans lequel celui qui a contribué à installer un dirigeant cherche à défaire son œuvre après avoir perdu le contrôle sur lui. Dans cette lecture, la crise actuelle révèle les limites de l’accord de 2018, qu’il estime avoir été conclu contre la volonté populaire.
Christian Moleka considère que la cohabitation entre les deux camps n’est plus possible. Selon lui, la crise pourrait clore la période politique ouverte en 2018. Il pose ainsi la question de la capacité des acteurs politiques à garantir la stabilité d’ici 2028 ou au-delà.
Patrick Mbeko invoque les contraintes imposées à Kabila
Patrick Mbeko explique, pour sa part, le choix de Joseph Kabila par les décisions prises à son encontre. Il ne précise pas la nature des contraintes invoquées. Son propos distingue toutefois compréhension et approbation : il affirme comprendre cette décision sans la soutenir.
Son analyse s’inscrit dans une lecture des relations entre la RDC et le Rwanda. Selon lui, depuis 1996, les responsables politiques congolais acceptent d’être instrumentalisés par Kigali tout en cherchant à utiliser cet appui selon leurs propres intérêts. Il cite l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila, le RCD, le CNDP et le M23.
Patrick Mbeko rappelle également le rapprochement de Félix Tshisekedi avec Paul Kagame après son arrivée au pouvoir en 2019, avant leur rupture. Il estime que les positions envers Kigali ont varié selon les intérêts politiques, alors qu’un rapprochement avec le Rwanda expose désormais à des accusations de connivence avec l’ennemi.
Le rôle du Rwanda divise les deux analystes
Christian Moleka conteste la capacité des acteurs congolais à instrumentaliser Kigali. Selon lui, le Rwanda poursuit un agenda clair depuis plus de trente ans, tandis que les responsables congolais cherchent un allié extérieur pour leurs affrontements internes.
Il rappelle que cette recherche d’appuis précède Joseph Kabila, citant les gendarmes katangais soutenus depuis l’Angola et la rébellion de Laurent-Désiré Kabila. À ses yeux, cette démarche place les acteurs congolais au service d’un agenda extérieur. Le désaccord entre les deux analystes porte donc aussi sur la marge de manœuvre des responsables congolais dans leurs rapports avec Kigali.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
