La santé mentale devient un enjeu de plus en plus visible dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. Selon les données communiquées vendredi 9 octobre à Kamango, environ 13 282 personnes souffrant de troubles mentaux ont été recensées l’année dernière dans cette zone. Ce chiffre a été présenté lors d’une conférence-débat organisée en marge de la Journée mondiale de la santé mentale, célébrée le 10 octobre. L’objectif de cette rencontre était de sensibiliser la population aux réalités de la santé mentale dans une région marquée par les violences armées, les déplacements de populations et les traumatismes liés à l’insécurité.
Le psychologue et chercheur Kambale Sekera, qui s’exprime sur le sujet, établit un lien direct entre les violences perpétrées par les ADF et l’augmentation des troubles mentaux dans la région. Selon lui, le nombre de cas est passé de 1 367 avant les premières tueries de 2014 à 13 282 après ces violences. Cette progression spectaculaire illustre l’impact des événements traumatiques sur la santé psychologique des habitants.
Comprendre les causes des troubles mentaux
Les troubles mentaux ne résultent pas d’une cause unique. Kambale Sekera explique qu’ils peuvent avoir plusieurs origines, notamment biologiques, psychologiques, familiales et sociales. Les traumatismes, le stress chronique et les pertes importantes figurent également parmi les facteurs susceptibles d’affecter la santé mentale. Dans le contexte de Beni, les violences répétées et l’insécurité permanente créent un environnement propice à l’apparition de ces troubles.
Cette explication permet de mieux comprendre pourquoi la région connaît une telle augmentation des cas. Les populations locales sont confrontées à des événements violents, à la perte de proches et à des déplacements forcés, autant de situations qui fragilisent l’équilibre psychologique.
La stigmatisation, un obstacle au rétablissement
Au-delà de la prévention, Kambale Sekera appelle à une meilleure prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux. Il insiste sur l’importance de l’écoute et de l’accompagnement. Le psychologue déplore la stigmatisation dont ces personnes sont souvent victimes, y compris après leur rétablissement. Certaines sont encore considérées comme inaptes à travailler ou à vivre avec les autres, ce qui complique leur réintégration sociale.
Cette stigmatisation constitue un frein majeur au rétablissement. Elle isole les personnes concernées et les empêche de retrouver une place dans la communauté. Pourtant, selon le psychologue, l’écoute, la collaboration avec les personnes concernées et leur réintégration dans la communauté peuvent contribuer à stabiliser leur état psychologique et à favoriser leur rétablissement.
Des pistes pour une meilleure prise en charge
La conférence-débat de Kamango a mis en lumière la nécessité d’agir concrètement. La sensibilisation est une première étape, mais elle doit s’accompagner de mesures pratiques. L’écoute et l’accompagnement sont présentés comme des outils essentiels pour aider les personnes souffrant de troubles mentaux. La collaboration avec les personnes concernées et leur réintégration dans la communauté sont également des leviers importants.
Dans une région où les services de santé mentale sont souvent limités, ces recommandations prennent tout leur sens. Elles rappellent que la santé mentale ne se limite pas à l’absence de maladie, mais implique un bien-être global qui passe par le soutien social et la reconnaissance de la dignité de chacun.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
