La mobilisation contre Flavio Bolsonaro a rassemblé des milliers de personnes mercredi à Rio de Janeiro, à l’appel d’organisations étudiantes. Le sénateur conservateur, arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle brésilienne, cristallise les craintes d’une partie de la population face à ses projets économiques et à l’héritage politique de son père, l’ancien président Jair Bolsonaro.
Une manifestation portée par la jeunesse et la peur du retour de la droite
Dans le centre-ville de Rio, la foule mêlant jeunes et moins jeunes a défilé au son des tambours et des feux d’artifice. Les pancartes et autocollants affichaient des slogans comme « Non au père, non au fils » ou « Plus jamais la dictature ». Alice Carneiro, 25 ans, administratrice dans le transport maritime, a expliqué en larmes à l’Agence France-Presse sa présence : « Je suis ici parce que je crois en la démocratie. Parce que j’ai peur. » Elle a évoqué ses inquiétudes pour sa femme transgenre en cas de victoire du candidat conservateur.
Les manifestants étaient plus nombreux et plus motivés que lors du rassemblement en présence du président Luiz Inacio Lula da Silva au même endroit quelques jours plus tôt. Ils ont dénoncé le bilan de la présidence de Jair Bolsonaro, notamment sa gestion de la pandémie de Covid-19, qui a fait plus de 700 000 morts au Brésil, deuxième plus lourd bilan mondial après les États-Unis.
Les craintes économiques derrière les promesses de coupes budgétaires
Au-delà des enjeux démocratiques, les projets économiques de Flavio Bolsonaro inquiètent. Le candidat a promis des coupes budgétaires drastiques, symbolisées par une paire de ciseaux rappelant la tronçonneuse du président argentin Javier Milei, son allié. La dette publique brésilienne a fortement augmenté ces dernières années, aggravée par des taux d’intérêt élevés. Le résultat du premier tour a d’ailleurs été suivi d’une montée en flèche des cours de la Bourse de Sao Paulo, signe que les marchés anticipent une politique économique plus libérale.
Les manifestants ont rappelé les coupes opérées par Jair Bolsonaro dans les universités. Emmanuel Araujo, 19 ans, qui prépare des concours d’entrée, résume l’impact concret : « Ça ne sert à rien pour moi de réussir le concours d’entrée pour finir dans une université qui manque de financements. » Il juge « très triste cette montée de l’extrême droite ».
Un second tour sous tension et des alliances en construction
D’autres manifestations sont prévues dans les prochains jours au Brésil. Les deux candidats se mettent en ordre de bataille pour le second tour du 25 octobre. Flavio Bolsonaro s’efforce de nouer des alliances avec d’autres formations conservatrices et met en avant ses projets pour réduire la taille de l’État et réformer le système fiscal. Il compte profiter de la majorité renforcée de la droite au Parlement pour faire approuver des réformes constitutionnelles.
De son côté, Lula tente de relancer sa campagne en misant sur les réseaux sociaux, un domaine où le camp Bolsonaro a une longueur d’avance. Le président sortant, qui se vante de ne pas avoir de téléphone portable, a publié mercredi sa première vidéo en mode selfie, exhortant ses partisans à descendre dans la rue.
Les manifestants ont aussi exprimé leurs inquiétudes quant aux projets de Flavio Bolsonaro de gracier ou d’amnistier son père, condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. Pour Iara Pinheiro, 16 ans, les enjeux dépassent l’économie : « Je suis une femme noire et je pense que nous perdrons nos droits si nous élisons à nouveau Bolsonaro. Nous finirons par perdre notre démocratie. »
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Article Ecrit par Amissi G
Source: mediacongo.net
