La question de la défense nationale en République démocratique du Congo a occupé une place centrale lors de la 10e édition des Universités d’octobre, tenue lundi 5 octobre à Kinshasa. Germain Kambinga, président du parti Le Centre, y a présenté une proposition structurée : l’adoption d’une loi de programmation militaire couvrant une période de dix ans. L’objectif affiché est de sortir d’une gestion réactive des crises pour doter le pays d’une capacité de défense planifiée et durable face à la persistance de l’agression rwandaise dans l’Est.
Cette proposition intervient dans un contexte sécuritaire marqué par l’occupation de Goma et de Bukavu, respectivement chefs-lieux du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Pour Germain Kambinga, il s’agit de « tirer les conséquences d’une agression qui persiste ». La programmation militaire envisagée reposerait sur des objectifs précis, des budgets protégés, un contrôle parlementaire et une évaluation annuelle des résultats. « La défense nationale ne peut plus dépendre des improvisations de chaque crise », a-t-il déclaré.
Un fonds souverain pour financer la modernisation des forces armées
Le mécanisme de financement proposé par Le Centre repose sur la création d’un « Fonds souverain de défense et de résilience nationale ». Ce fonds serait exclusivement consacré à la modernisation des Forces armées, au renseignement, au développement des infrastructures militaires, à la logistique et à la protection des frontières. Germain Kambinga insiste sur la nécessité d’une gestion transparente, soumise à des mécanismes de contrôle, afin d’éviter les détournements et de garantir l’efficacité des dépenses.
Cette approche vise à sécuriser les ressources sur le long terme, indépendamment des aléas budgétaires annuels. En pratique, cela permettrait de planifier des acquisitions d’équipements, des travaux d’infrastructures et des programmes de formation sans interruption. Pour les militaires, l’enjeu est direct : disposer de moyens adaptés aux réalités du terrain, notamment dans les zones frontalières exposées.
Une réforme de la gestion des effectifs et du renseignement
Au-delà du financement, la proposition de Germain Kambinga inclut une réforme de la gestion des effectifs militaires. Celle-ci passerait par l’identification biométrique des soldats, des affectations clairement définies, un suivi des carrières ainsi qu’une rémunération directe et traçable. L’objectif est de lutter contre les effectifs fictifs et d’améliorer la transparence dans l’administration des personnels.
Le renforcement du renseignement et de la contre-ingérence est également présenté comme une priorité. Il s’agirait de prévenir les infiltrations et d’identifier les réseaux de financement ou les éventuelles complicités internes. Cette dimension est essentielle pour comprendre les dynamiques de conflit dans l’Est, où les groupes armés bénéficient parfois de soutiens locaux ou transfrontaliers.
Un volet social pour améliorer les conditions de vie des militaires
La proposition comprend enfin un volet social destiné à améliorer les conditions de vie des militaires. Sont évoqués le logement, les soins de santé, l’assurance, la scolarisation des enfants et les pensions. Ces mesures visent à renforcer la cohésion et la motivation des troupes, souvent confrontées à des conditions difficiles sur le terrain.
Pour Germain Kambinga, ces réformes doivent permettre à la RDC de disposer des moyens nécessaires pour faire face durablement à l’agression rwandaise et aux groupes armés actifs dans l’Est. Il a précisé que cette position ne visait ni le peuple rwandais ni une communauté particulière, mais la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la RDC.
Un dialogue national sans capitulation
Abordant la question du dialogue national, l’ancien ministre a appelé à un processus orienté vers la recherche de solutions durables plutôt que vers un partage des responsabilités fondé sur le rapport de force militaire. « Je ne crois pas au dialogue où celui qui a perdu les élections demande une primature, celui qui possède une milice demande un ministère, celui qui a pris une ville demande une vice-présidence et celui qui contrôle une frontière demande qu’on lui reconnaisse politiquement le résultat de ses armes », a-t-il déclaré.
Pour lui, un éventuel dialogue devrait déboucher sur des décisions de fond et permettre de traiter plusieurs questions structurelles liées à la gouvernance du pays : les questions militaire, constitutionnelle et judiciaire, la décentralisation, la réforme électorale ainsi que la lutte contre la corruption. La crise sécuritaire dans l’Est devrait être l’occasion d’engager des réformes profondes destinées à renforcer durablement l’État et ses institutions.
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Article Ecrit par Amissi G
Sources: actu30.cd, Actualite.cd
