Dans les studios de Kinshasa, une guitare peut raconter une histoire plus forte que mille discours. C’est cette histoire que Flamme Kapaya, ancien soliste de Wenge Maison Mère, a remise au centre de l’attention en réclamant des droits d’auteur à son ancien patron, Werrason Ngiama. Derrière la polémique, c’est toute la mécanique des droits dans la musique congolaise qui se dévoile, entre salaires, créations et interprétations.
Le salaire ne rachète jamais la création
Beaucoup confondent le cachet perçu pour une séance d’enregistrement et les droits liés à une œuvre. Or, dans une chanson, chaque intervenant — parolier, compositeur, arrangeur, guitariste soliste — possède des droits distincts de sa rémunération. Le salaire paie une prestation ; les droits récompensent une création intellectuelle. Ces derniers sont imprescriptibles, inaliénables et insaisissables. Même un contrat ne peut y faire renoncer.
Deux familles de droits pour un même morceau
Le droit d’auteur appartient au créateur : il comprend un droit moral, éternel, et des droits patrimoniaux qui génèrent des redevances jusqu’à 70 ans après la mort. Si Flamme Kapaya a composé une ligne de guitare devenue mythique, il est co-auteur. Mais il existe aussi les droits voisins, accordés aux artistes-interprètes. Le guitariste qui joue un solo, le chanteur qui interprète, le batteur qui exécute un rythme ont droit à une rémunération chaque fois que l’enregistrement est exploité, diffusé à la radio ou en streaming. En RDC, ces droits sont gérés par la SOCODA.
Une réclamation qui dépasse deux hommes
La démarche de Flamme Kapaya est juridiquement fondée. Il ne réclame pas un deuxième salaire, mais probablement ses droits de compositeur et ses droits voisins d’artiste-interprète pour toutes les chansons de Wenge Maison Mère où son jeu de guitare est encore exploité. Le salaire perçu à l’époque comme employé du groupe ne peut éteindre ces droits. Ce conflit révèle une pratique généralisée : absence de contrats de cession clairs, de fiches de déclaration d’œuvre, et de culture du droit.
Vers une industrie qui respecte ses créateurs
Avoir été « fabriqué » par un leader ne supprime pas le droit. Être leader et producteur ne donne pas tous les droits. Si la rumba congolaise, patrimoine de l’UNESCO, doit faire vivre ses créateurs, il faut passer de la logique de patronage à celle d’industrie : déclarer les œuvres, partager les crédits, respecter la loi. À chacun, désormais éclairé, de se faire son opinion sur le bien-fondé de la démarche de Flamme Kapaya.
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Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
