Le debrief de ce 1er octobre 2026 met en lumiere les urgences sanitaires et politiques qui traversent la Republique democratique du Congo. De l’acces a l’oxygene medical dans la riposte contre Ebola aux conditions posees par l’ONU pour le dialogue national, en passant par les reparations collectives dans l’Est et les tensions institutionnelles, la journee a ete riche en developpements majeurs. Voici l’essentiel a retenir.
Ebola : l’oxygene medical, un defi vital pour sauver des vies
La riposte contre la maladie a virus Ebola en RDC se heurte a un obstacle majeur : l’acces limite a l’oxygene medical. Alors que la Journee mondiale de l’oxygene approche, l’OMS insiste sur la necessite de renforcer durablement cet outil essentiel pour la prise en charge des cas graves. Selon la Dre Janet Diaz, du Programme des urgences sanitaires de l’OMS, un acces rapide aux soins ameliore considerablement les chances de survie. Pourtant, de nombreux patients continuent de mourir a domicile ou au sein de leurs communautes faute de pouvoir atteindre rapidement un centre de sante. Cette realite souligne l’importance de rapprocher les services de sante des populations et de garantir la disponibilite de l’oxygene medical dans les structures de prise en charge. Lire l’article complet
Au 27 septembre, plus de 8 100 cas confirmes et pres de 3 900 deces avaient ete enregistres dans sept provinces du pays. Toutefois, les autorites sanitaires et l’OMS signalent une amelioration progressive de la situation, marquee par une baisse des nouveaux cas et des deces au cours des dernieres semaines. La capacite d’accueil des centres de traitement est passee de quelques lits au debut de l’epidemie a plus de 1 600 aujourd’hui. Par ailleurs, des centaines de professionnels de sante ont ete formes afin d’ameliorer la prise en charge des patients. Ces progres, bien que notables, ne doivent pas masquer les besoins persistants en matiere d’oxygene medical et d’acces aux soins, en particulier dans les zones reculees. L’OMS appelle a poursuivre les investissements dans les systemes d’oxygene medical et dans l’acces aux soins pour sauver davantage de vies durant cette epidemie, mais aussi pour renforcer durablement les capacites du systeme de sante.
Dialogue national : l’ONU exige des facilitateurs neutres
Le Representant special du Secretaire general des Nations unies en RDC, James Swan, a pose mardi devant le Conseil de securite des conditions precises au dialogue national annonce par le president Felix Tshisekedi. Lors de son briefing trimestriel, le chef de la MONUSCO a insiste sur la necessite d’une facilitation impartiale et d’un ordre du jour elargi, au-dela de la seule crise securitaire dans l’Est. « Il y a un large consensus sur la necessite d’un dialogue national », a-t-il constate, avant de preciser que ce processus devait etre « inclusif, garantissant une large participation, conduit par des facilitateurs beneficiant de la confiance de l’ensemble des parties prenantes et permettant d’aborder en profondeur les priorites nationales les plus urgentes ». Lire l’article complet
Cette formulation ecarte de fait un dialogue organise et conclu par la seule presidence. Depuis l’annonce faite en aout par Felix Tshisekedi, l’opposition, une partie de la societe civile et les confessions religieuses redoutent un cadre verrouille, centre sur l’unite nationale face a la guerre et au soutien du Rwanda a l’AFC/M23, sans aborder les questions de gouvernance, de reformes institutionnelles ou d’espace civique. En exigeant des facilitateurs acceptes par toutes les parties, la MONUSCO reprend a son compte la principale revendication des acteurs politiques et sociaux. James Swan a egalement exhorte les autorites et l’ensemble des Congolais a « preserver l’espace civique, a garantir les libertes fondamentales et a faire preuve de retenue et de tolerance politique ». La question de l’arbitrage reste ouverte : ni l’ONU seule, ni l’Union africaine seule ne semblent en mesure de remplir ce role. La formule qui circule a Kinshasa evoque un college mixte, associant les Eglises et deux ou trois personnalites africaines respectees.
Reparations collectives dans l’Est : 120 millions USD annonces
Le ministre d’Etat, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a annonce mercredi 30 septembre 2026 a Kinshasa une enveloppe de 120 millions de dollars americains pour les reparations collectives dans quatre provinces de l’Est de la RDC. Cette somme, soit 30 millions USD par province, est destinee aux communautes victimes des conflits dans l’Ituri, la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele. L’annonce a ete faite lors d’une rencontre avec les deputes nationaux et senateurs du Caucus de la Grande Orientale. Lire l’article complet
Les fonds seront affectes au financement d’infrastructures sanitaires et scolaires, a l’acces a l’eau potable, au relevement economique, ainsi qu’a des initiatives liees a la memoire, a la cohesion sociale et a la resilience des communautes. La gestion et l’affectation des fonds restent confiees au Fonds special de repartition de l’indemnisation aux victimes des activites illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO). Le ministre a egalement precise que les reparations collectives n’excluent pas les indemnisations individuelles. Dans la Tshopo, notamment a Kisangani, le processus d’indemnisation individuelle des victimes de la guerre de Six Jours reste lie a la finalisation du nettoyage du fichier des victimes. Cette enveloppe s’inscrit dans le cadre des reparations accordees a la RDC par la Cour internationale de Justice (CIJ) dans son arret du 9 fevrier 2022. Le paiement devait etre effectue en cinq tranches annuelles de 65 millions USD. Le ministre a indique que la derniere tranche due par l’Ouganda a ete receptionnee par la RDC le 3 septembre 2026, cloturant le calendrier de paiement prevu par l’arret de la CIJ.
Loi referendaire : l’opposition boycotte, la majorite persiste
L’Assemblee nationale s’apprete a examiner en seconde lecture la proposition de loi portant organisation du referendum, dans un climat de vive tension politique. L’opposition parlementaire a annonce qu’elle boycotterait les travaux, tant en commission qu’en pleniere, denoncant des dispositions qui ouvriraient la voie a une revision constitutionnelle. Le depute national Christian Mwando, president du groupe parlementaire Ensemble, a clairement exprime la position de l’opposition : « Lorsque la loi a ete renvoyee, nous avons cru que c’etait une maniere polie pour la Cour constitutionnelle de dire que cette loi etait anticonstitutionnelle, avec 13 points fondamentaux a revoir. » Il estime que la majorite s’entete a corriger une loi qu’il qualifie d’illegale et d’anticonstitutionnelle, et annonce : « nous n’assisterons pas aux travaux, ni en pleniere, ni en commission ». Lire l’article complet
Face a ce boycott, le camp presidentiel reagit avec fermete. Le depute national Paul Gaspard Ngondakoy regrette une attitude qu’il juge contraire aux principes republicains. Il rappelle que la loi avait ete examinee en commission PAJ avec la participation de l’opposition, et s’etonne de ce revirement : « Je trouve cela etonnant parce que l’opposition republicaine, par principe respectueuse des institutions, ne devrait pas se derober a l’obligation que la Cour constitutionnelle nous a faite d’integrer les reserves qu’elle a emises. » Pour Paul Gaspard Ngondakoy, le boycott de l’opposition est une preuve par l’absurde de son refus de donner la parole au peuple. Ce bras de fer autour de la loi referendaire illustre la profondeur des divisions politiques en RDC. La question centrale demeure celle de la legitimite d’une decision prise sans la participation de l’opposition, dans un contexte ou le dialogue politique est deja fragile.
Tshuapa : des arrieres d’emoluments paralysent l’Assemblee provinciale
L’ouverture de la session ordinaire de septembre 2026 a l’Assemblee provinciale de la Tshuapa a revele une situation inhabituelle : la majorite des deputes provinciaux etait absente de l’hemicycle, mercredi 30 septembre. Seuls le president et le vice-president de l’organe deliberant etaient presents, accompagnes de representants des forces vives et des autorites politico-administratives. Selon des sources internes a l’Assemblee provinciale, cette absence massive serait liee a des revendications portant sur plusieurs mois d’arrieres d’emoluments. Les deputes concernes conditionneraient leur reprise des travaux au paiement de ces arrieres. Lire l’article complet
La session de septembre est traditionnellement consacree a l’examen du budget provincial, un exercice essentiel pour le fonctionnement des services publics et la mise en œuvre des politiques locales. L’absence des deputes pourrait donc retarder l’adoption de ce budget, avec des consequences directes sur la gestion des affaires de la province. Le Bureau de l’Assemblee provinciale n’a pas encore communique officiellement sur cette situation. En l’absence de declaration, les citoyens et les partenaires institutionnels restent dans l’expectative quant a la reprise effective des travaux. Si la situation perdure, l’Assemblee provinciale pourrait se trouver dans l’incapacite de voter le budget dans les delais prevus, ce qui aurait des repercussions sur le financement des services de base, comme la sante, l’education ou les infrastructures.
La C64 salue l’appel de James Swan au dialogue national inclusif
La Coalition Article 64 pour la defense de l’ordre constitutionnel (C64) a rendu publique, ce mercredi 30 septembre, une declaration saluant l’appel au dialogue national inclusif lance la veille par James Swan, Representant special du Secretaire general de l’ONU en RDC et chef de la MONUSCO. La coalition dit partager ce constat. Elle y voit un echo a son exigence de longue date : la crise multidimensionnelle que traverse la RDC appelle un dialogue veritablement inclusif, reunissant toutes les forces politiques et sociales representatives, dans le respect de l’ordre constitutionnel. Lire l’article complet
La C64 se felicite egalement de l’appel du chef de la MONUSCO a preserver l’espace civique, a garantir les libertes fondamentales et a faire preuve de retenue et de tolerance politique. Ces propos font echo, selon la coalition, a ses propres denonciations repetees des restrictions de l’espace democratique et des violences lors de manifestations pacifiques. La declaration evoque en particulier les evenements du 15 septembre 2026, au cours desquels Manasse Lomboto Bofengola, membre de la coalition, a perdu la vie apres une blessure. La coalition reitere trois exigences : des sanctions contre les autorites impliquees dans la repression, une enquete internationale independante et credible, et la reconnaissance de la necessite de preserver les libertes fondamentales. La C64 n’a pas precise les suites qu’elle entend donner a ces exigences, mais elle attend des actes concrets.
Kinshasa : Eric Tshikuma exige des comptes sur le controle du travail
Le depute national Eric Tshikuma a interpelle le gouvernement sur l’effectivite des controles menes par l’Inspection du travail en Republique democratique du Congo. Lors d’une seance a l’Assemblee nationale, l’elu a demande des comptes sur la maniere dont cet organe veille au respect des conditions de travail dans les entreprises. Cette demarche parlementaire met en lumiere un enjeu souvent meconnu du grand public : la protection des travailleurs face aux abus et aux manquements des employeurs. Lire l’article complet
L’Inspection du travail est l’institution chargee de verifier que les employeurs respectent les lois sociales, notamment en matiere de salaires, de duree du travail, de securite et de sante au travail. Son role est essentiel pour prevenir les conflits et garantir un environnement professionnel digne. Pourtant, son action reste peu visible et ses moyens souvent limites, ce qui souleve des interrogations sur sa capacite a couvrir l’ensemble du territoire national. La question posee par Eric Tshikuma vise a obtenir des precisions sur la frequence et la qualite des inspections menees sur le terrain. Les travailleurs congolais, notamment dans les secteurs informels ou les zones reculees, sont-ils reellement proteges ? Les controles annonces se traduisent-ils par des sanctions effectives en cas de violation des normes ? Le debat a l’Assemblee nationale pourrait deboucher sur des recommandations concretes pour renforcer l’Inspection du travail.
Ce debrief du 1er octobre 2026 met en evidence les defis sanitaires et politiques auxquels la RDC est confrontee. La riposte contre Ebola necessite des investissements durables dans l’oxygene medical, tandis que le dialogue national exige des facilitateurs neutres et un ordre du jour elargi. Les reparations collectives dans l’Est offrent une lueur d’espoir pour les communautes victimes, mais les tensions institutionnelles persistent, notamment autour de la loi referendaire et des arrieres d’emoluments a la Tshuapa. La protection des travailleurs reste egalement un enjeu crucial. Ces developpements appellent a une vigilance continue et a des actions concretes pour repondre aux besoins des populations.
