La présentation, vendredi à Paris, de l’ouvrage de Jules Alingete Key, ancien Inspecteur général des finances – chef de service, offre un éclairage chiffré sur un mécanisme peu connu du grand public : la « Patrouille financière ». Ce dispositif de contrôle a priori des finances publiques, en place d’avril 2021 à mai 2025, aurait permis de plus que doubler les recettes publiques congolaises en quatre ans, sans créer de nouveaux impôts ni augmenter les taux existants.
Selon les données présentées dans le livre, les recettes publiques sont passées de 5,5 milliards de dollars en 2020 à 12,84 milliards en 2024, soit une hausse de 133,5 %. La pression fiscale, qui mesure le poids des prélèvements sur le produit intérieur brut, serait passée de 6,8 % à 12,83 % sur la même période. Ce niveau reste toutefois très en deçà de la moyenne de 25 % retenue pour les pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC).
Un contrôle avant la dépense pour limiter les pertes
La « Patrouille financière » repose sur un principe simple : vérifier la régularité des opérations de dépenses publiques avant qu’elles ne soient exécutées, et non après coup. L’objectif est d’empêcher les détournements en amont, plutôt que de les constater une fois le mal fait. L’ouvrage avance un recul du « coulage » des recettes publiques, passé de 18,20 % du PIB en 2020 à 12,17 % en 2024. Le taux d’exonérations douanières aurait également baissé, de 42 % à 27 % de la valeur totale des marchandises importées.
Le répertoire des contribuables de la Direction générale des impôts serait passé de 76 132 assujettis en 2020 à 164 300 en 2024. L’Inspection générale des finances affirme avoir découvert, en janvier 2025, près de onze mille contribuables déclarés « introuvables » par l’administration fiscale mais toujours actifs dans les banques commerciales. Ces chiffres illustrent l’ampleur du travail de recensement et de suivi des contribuables mené dans le cadre du dispositif.
Des effets sur la gouvernance et la trésorerie publique
Au-delà des recettes, l’ouvrage met en avant des progrès en matière de gouvernance. La République démocratique du Congo aurait gagné sept places au classement de l’indice de perception de la corruption de Transparency International entre 2020 et 2024. La trésorerie cumulée des entreprises et établissements publics serait passée de 200 millions à plus de 2,5 milliards de dollars sur la période, selon l’auteur.
Ces résultats, s’ils sont confirmés, témoigneraient d’une meilleure maîtrise des finances publiques et d’un renforcement de la redevabilité. Toutefois, l’ancien Inspecteur général des finances reconnaît lui-même les limites du contrôle a priori. Dans un chapitre consacré aux « avantages et inconvénients », il évoque le risque de ralentir des opérations courantes nécessitant une certaine célérité, comme les achats urgents ou les frais médicaux. Il admet aussi que certains gestionnaires publics perçoivent ce contrôle comme une forme de « cogestion ».
Un dispositif transitoire, pas une solution permanente
Jules Alingete Key plaide pour un dispositif à durée limitée. Selon lui, la levée progressive du contrôle a priori reste conditionnée à l’émergence d’un contrôle interne opérationnel et d’une véritable culture de redevabilité au sein de l’administration publique congolaise. Il évalue cet horizon à une dizaine d’années au minimum.
L’ouvrage est dédié au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, présenté comme la « source d’inspiration » de la Patrouille financière. Le préfacier, l’ambassadeur Émile Ngoy Kasonga, salue une œuvre qui aurait permis d’épargner à l’État congolais près de 2 milliards de dollars de détournements depuis son lancement. Ces éléments soulignent l’ancrage institutionnel fort du dispositif, mais aussi la nécessité de le faire évoluer vers des mécanismes plus durables de contrôle interne.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
