La province de la Tshopo se retrouve au cœur d’un bras de fer entre l’autorité provinciale et la coalition de l’opposition C64. Le gouverneur Paulin Lendongolia a interdit la marche prévue le 15 septembre, invoquant la riposte contre l’épidémie d’Ebola. La coalition, elle, maintient son appel à manifester contre tout projet de changement de la Constitution. Cette situation soulève une question pratique : comment concilier la protection de la santé publique et l’exercice des libertés politiques dans une zone déjà fragilisée par une urgence sanitaire ?
Une interdiction motivée par la résurgence d’Ebola
Dans un communiqué officiel daté du 11 septembre, le gouverneur Paulin Lendongolia justifie sa décision par des motifs sanitaires. La Tshopo fait face à une résurgence de la maladie à virus Ebola, une infection grave et souvent mortelle qui se transmet par contact direct avec les liquides corporels d’une personne malade ou décédée. Les rassemblements de masse augmentent les risques de propagation, car ils favorisent les contacts rapprochés. Le gouverneur rappelle que le respect des mesures barrières, l’interdiction des rassemblements et la vigilance citoyenne sont des impératifs pour contenir la propagation du virus. Il met en garde contre toute tentative d’organiser ou de participer à une marche en dépit des restrictions en vigueur. « Nul ne peut, sous quelque prétexte que ce soit, exposer délibérément la population à un risque sanitaire supplémentaire », insiste le communiqué, qui avertit que la loi sera appliquée avec rigueur contre les contrevenants.
La C64 maintient sa mobilisation et conteste l’inégalité de traitement
Face à cette interdiction, la coalition C64 ne compte pas reculer. Elle a annoncé une marche pacifique pour ce mardi 15 septembre à travers le pays, avec un rassemblement prévu à Kinshasa devant le Palais du Peuple. Dans la Tshopo, Josué Nondo Musingilwa, coordonnateur des Katumbistes et membre de la C64, conteste la décision. Il estime que si l’interdiction est motivée par des impératifs sanitaires, elle doit être appliquée sans distinction entre les activités politiques. « Si cette mesure est motivée par la lutte contre Ebola, elle doit être appliquée de manière égale à tous », soutient-il. La coalition fait valoir son droit de manifester et son opposition à toute modification de la Constitution. Dans d’autres provinces, notamment au Haut-Katanga, des responsables de la coalition ont également contesté des décisions d’interdiction prises par les autorités locales.
Un contexte sanitaire préoccupant à Kisangani
La Tshopo reste confrontée à l’épidémie d’Ebola. Le dernier bilan communiqué le 11 septembre faisait état de 24 cas confirmés, 10 décès et neuf personnes guéries, selon les autorités sanitaires. Ces chiffres montrent que le virus circule activement et que chaque rassemblement non contrôlé peut devenir un foyer de transmission. Les autorités provinciales mettent en avant la nécessité de limiter les risques, tandis que la C64 considère sa mobilisation comme une expression politique qu’elle entend maintenir. À deux jours de la date annoncée, l’enjeu reste de savoir quelle sera l’issue de ce bras de fer à Kisangani entre les impératifs de santé publique invoqués par l’autorité provinciale et la volonté de la C64 de maintenir sa mobilisation contre le changement de Constitution.
Quelles conséquences pour la population ?
Pour les habitants de la Tshopo, cette situation crée une double contrainte. D’un côté, ils doivent se protéger contre Ebola en évitant les foules et en respectant les gestes barrières. De l’autre, ils sont confrontés à un débat politique national sur la Constitution, qui mobilise une partie de l’opinion. Le gouverneur appelle les parents et tuteurs à empêcher que les jeunes soient entraînés dans des initiatives jugées dangereuses. La jeunesse, souligne-t-il, ne doit pas être transformée en instrument de confrontation politique ni en bouclier humain, mais demeurer une force de paix et de protection de la Nation. Cette position vise à préserver la santé publique tout en rappelant la responsabilité collective face à l’épidémie. La province de la Tshopo, martèle-t-il, « n’est pas un terrain d’expérimentation du désordre », mais une terre commune à protéger collectivement.
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Article Ecrit par Amissi G
Sources: radiookapi.net, actu30.cd
