La signature d’une convention de partenariat entre l’Institut international du Kikongo (IIK) et le ministère provincial de la Culture du Kongo-Central, vendredi 11 septembre à Matadi, marque une étape dans la protection et la promotion de la langue kikongo. Cet accord intervient alors que l’usage de cette langue nationale recule dans la province, un constat dressé par l’IIK lui-même. Derrière l’acte administratif se joue un enjeu culturel et identitaire pour des millions de locuteurs potentiels.
Un déclin linguistique qui interpelle les institutions
Reçu par le président de l’Assemblée provinciale, Papy Mantezolo, le représentant de l’IIK, Robert Lukebana Mbala, a fait état d’un déclin de la pratique du kikongo au sein de la population locale, comparativement à d’autres aires linguistiques du pays. Ce recul n’est pas seulement une affaire de statistiques : il touche à la transmission familiale, à l’école et à la place de la langue dans l’espace public. La démarche de l’IIK auprès des institutions provinciales vise à obtenir un appui financier et logistique, signe que la sauvegarde d’une langue ne peut reposer sur la seule bonne volonté des militants culturels.
Des États généraux pour fixer un cap
La convention prévoit la tenue des États généraux de la langue kikongo du 6 au 10 octobre prochain à l’Institut supérieur pédagogique (ISP) de Mbanza-Ngungu. Ces assises réuniront des chercheurs, des acteurs culturels et des décideurs politiques. L’objectif affiché est de fixer des mesures d’enseignement et de diffusion de la langue. La présence des décideurs politiques est cruciale : sans volonté publique, les recommandations risquent de rester lettre morte. Le choix de Mbanza-Ngungu, ville universitaire et historique du Kongo-Central, donne un signal fort sur la nécessité d’ancrer la réflexion dans les territoires où la langue vit encore.
Un enjeu de responsabilité publique
La protection du kikongo ne peut être laissée aux seuls spécialistes. Elle engage la responsabilité des élus provinciaux et nationaux, car une langue qui s’efface, c’est un pan de l’histoire et de la culture congolaise qui disparaît. La convention signée à Matadi est un premier pas, mais elle devra être suivie d’actes concrets : financement des programmes, intégration dans les curricula scolaires, soutien aux médias en kikongo. Les citoyens du Kongo-Central, et au-delà tous les locuteurs du kikongo, attendent des résultats tangibles. Les États généraux d’octobre seront un test de la sincérité des engagements pris.
La tenue de ces assises à l’ISP de Mbanza-Ngungu n’est pas anodine. Cette institution pédagogique est un lieu de formation des enseignants, ce qui en fait un cadre approprié pour discuter de l’avenir de l’enseignement du kikongo. Les chercheurs et acteurs culturels qui y participeront auront la tâche de transformer le constat de déclin en propositions concrètes. La question du financement reste toutefois entière, et l’appui logistique demandé aux institutions provinciales sera déterminant pour la réussite de l’événement.
Au-delà de l’aspect symbolique, la convention de Matadi pose la question de la place des langues nationales dans le développement du pays. Le kikongo, parlé dans plusieurs provinces, est un vecteur de cohésion sociale et de transmission des savoirs. Son recul dans le Kongo-Central, comparé à d’autres régions, interroge sur les politiques linguistiques menées jusqu’ici. Les États généraux pourraient être l’occasion de repenser ces politiques, en impliquant davantage les communautés locales et les institutions éducatives.
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Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
