Quatre incendies en cinq jours à Kinshasa ont remis en lumière une réalité préoccupante : la capitale congolaise ne dispose pas d’un service de pompiers capable de répondre de manière fiable aux sinistres. Entre un parc de camions réduit, une caserne inachevée et des factures impayées, les habitants sont souvent livrés à eux-mêmes face aux flammes.
Un parc de secours insuffisant et des interventions limitées
Selon une autorité municipale, la ville de Kinshasa compterait moins de cinq camions anti-incendie opérationnels, tous stationnés avenue de la Justice, dans la commune de la Gombe. Une source interne à l’Hôtel de Ville évoque jusqu’à une quinzaine de véhicules en incluant le parc privé. Cette disparité illustre l’absence de données fiables sur les moyens réellement disponibles.
Lors de l’incendie survenu le 7 septembre 2026 à l’école primaire EP4 Saint-Pierre, dans la commune de Kinshasa, un sapeur-pompier a confié que le camion utilisé appartenait à un opérateur privé, loué en urgence. L’engin est tombé à court d’eau en pleine intervention, obligeant parfois à faire appel à un second camion-citerne. Le bourgmestre de la commune, Bienvenu Mbalibi, a dénoncé publiquement le retard de l’intervention.
Le même soir, à Limete, un incendie a ravagé la salle des fêtes Bonne Auberge. Selon un témoin, les services anti-incendie contactés auraient répondu ne pas pouvoir se déplacer, la distance étant jugée trop importante. Deux jours plus tôt, l’incendie de la salle Panacée à Lingwala avait fait douze morts selon le bilan officiel provisoire.
Une caserne à l’arrêt faute de paiement
La construction d’une caserne moderne à la Gombe, lancée en décembre 2022 dans le cadre d’un partenariat public-privé avec la société Corporation Ramos-K, est au point mort. Une lettre officielle du gouverneur Daniel Bumba Lubaki, datée du 6 août 2025, indiquait un taux d’exécution proche de 90 %. Treize mois plus tard, une source interne à l’Hôtel de Ville situe l’avancement au même niveau.
Le gouverneur sollicitait le paiement de deux factures émises par Corporation Ramos-K, toutes deux datées du 21 octobre 2024 : 1 315 621,20 dollars pour l’avancement des travaux préfinancés, et 315 000 dollars pour la formation au Maroc de trente sapeurs-pompiers. Ni l’Hôtel de Ville, ni le ministère du budget, ni Corporation Ramos-K n’ont pu être joints pour confirmer si la situation a évolué.
Des textes et des annonces sans effet mesurable
Le corps des sapeurs-pompiers de Kinshasa a été créé en 2013. Depuis, plusieurs décrets et plans ont été adoptés, mais leur application reste limitée. En novembre 2023, trois projets de décret ont été adoptés en conseil des ministres, dont celui créant la Direction générale des secours et d’incendie (DGSI), signé le 12 février 2024. En novembre 2024, le président Félix Tshisekedi a demandé un plan multisectoriel de lutte contre les incendies et un rapport sous un mois. Aucun document consulté ne fait état de la remise de ce rapport.
En avril 2025, un compte rendu de conseil des ministres réaffirmait la nécessité de l’« opérationnalisation urgente » de la DGSI. Le même schéma se répète : des annonces fortes, mais peu de résultats concrets sur le terrain.
La prévention incendie, parent pauvre de la sécurité
Au-delà des moyens d’intervention, la prévention reste insuffisante. Selon l’ingénieur en bâtiment John Kabwidi Bwidi, interrogé par Radio Okapi, il n’existe pas de législation spécifique sur la prévention incendie en RDC. Aucune filière universitaire ne forme d’ingénieurs spécialisés, et aucune obligation de points d’eau ou de voies d’accès n’encadre les plans de lotissement.
Jean-Claude Katende, autre expert, estime qu’un cadre légal existe déjà via un décret de 2018 sur l’autorisation de bâtir, mais qu’il n’est pas appliqué. Les installations électriques ne seraient pas vérifiées, et les inspections prévues n’auraient pas lieu. C’est exactement le scénario documenté pour la salle Panacée, où une capacité de 500 à 600 personnes était accueillie pour 300 prévues, avec une seule issue de secours.
Face à ce constat, une proposition d’édit provincial a été déposée le 7 septembre 2026 par le député Jared Phanzu Babaka pour doter la ville d’un cadre normatif sur la prévention des incendies. Elle n’est, à ce stade, qu’une proposition.
Des mesures annoncées, mais un suivi incertain
Le 8 septembre 2026, le gouvernement provincial a annoncé la création d’une commission mixte chargée du contrôle de conformité de tous les établissements recevant du public. Les exploitants de salles de fêtes, de spectacle ou d’exposition doivent se présenter entre le 10 et le 15 septembre à l’Hôtel de Ville, munis de leurs autorisations, sous peine de fermeture. Des contrôles physiques auraient déjà commencé.
Cette mesure est la première assortie d’un calendrier précis et d’une sanction déterminée. Mais elle a été signée le jour même où, à Barumbu, des riverains racontaient n’être parvenus à joindre aucun service de secours pour combattre l’incendie de l’avenue Kongolo. L’écart entre l’annonce et le terrain reste donc à combler.
La séquence ouverte début septembre 2026 devra être jugée sur des résultats vérifiables : le nombre d’établissements effectivement contrôlés, le nombre de fermetures prononcées. En attendant, les habitants de Kinshasa continuent de vivre avec le risque quotidien d’un incendie sans secours adéquat.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
