À Isiro, chef-lieu du Haut-Uele, la journée du mercredi 9 septembre a été marquée par un net ralentissement des activités économiques. La marche pacifique annoncée pour dénoncer l’insécurité n’a pas eu lieu, mais son esprit de protestation s’est traduit dans le secteur commercial. De nombreux commerçants ont gardé leurs boutiques et magasins fermés, exprimant ainsi leur ras-le-bol face à une insécurité qui, selon plusieurs acteurs économiques, fait d’eux les premières victimes.
Cette situation intervient alors que les actes de criminalité urbaine connaissent, depuis près d’une année, une recrudescence dans la capitale du Haut-Uele, alimentant le sentiment d’insécurité au sein de la population. L’interdiction de la manifestation par le gouverneur Jean Bakomito Gambu a donc eu un effet paradoxal : si la marche n’a pas eu lieu, la protestation s’est déplacée vers une forme de grève commerciale spontanée.
Une interdiction justifiée par des raisons sécuritaires et sanitaires
La marche pacifique, initiée par une synergie des organisations de la société civile et le Conseil provincial de la jeunesse, devait dénoncer la recrudescence de l’insécurité dans la province. L’annulation intervient à la suite de la lettre d’accusé de réception adressée tard dans la soirée de mardi par le gouverneur de province, Jean Bakomito Gambu, en réponse à la correspondance des organisateurs.
Dans sa communication, le gouverneur a évoqué des raisons sécuritaires et sanitaires, notamment le contexte d’Ebola, pour justifier l’interdiction de la marche. « Le gouvernement provincial et le comité provincial de sécurité demeurent pleinement engagés à œuvrer au renforcement de la protection des personnes et de leurs biens », a indiqué le gouverneur Bakomito. Cette déclaration vise à rassurer la population sur la volonté des autorités de lutter contre l’insécurité, tout en maintenant l’ordre public.
Un dispositif sécuritaire visible dès les premières heures
Dès les premières heures de la matinée, un important dispositif des forces de l’ordre était visible dans plusieurs points jugés sensibles de la ville. L’objectif affiché était de prévenir tout rassemblement susceptible de donner lieu à la marche projetée. La circulation des personnes a ainsi été particulièrement contrôlée dans certains secteurs.
Les élèves, facilement identifiables grâce à leurs uniformes, semblaient bénéficier d’une plus grande facilité de passage. Les enseignants, fonctionnaires et autres agents de l’État étaient, pour leur part, appelés à présenter leurs pièces d’identité ou cartes de service afin de justifier leur qualité. La circulation des taxis a également été perturbée durant les premières heures avant de reprendre progressivement son rythme habituel aux environs de 9 heures.
Des réactions contrastées au sein de la population
Dans les rues d’Isiro, cette décision de l’autorité provinciale suscite des réactions contrastées. Certains habitants estiment que les arguments sécuritaires et sanitaires avancés pour empêcher la manifestation ne seraient que des « alibis » destinés, selon eux, à masquer l’inaction des autorités face à la souffrance de la population. Ils s’interrogent notamment sur la tenue récente de certaines activités ayant réuni d’importants rassemblements de personnes malgré le contexte sanitaire.
D’autres dénoncent ce qu’ils qualifient de gouvernance sécuritaire défaillante. Ils évoquent notamment de présumées complicités au sein de certains services de sécurité, une accusation qui reste à établir et qui intervient dans un contexte marqué par l’interpellation récente de certains agents, dont des images ont circulé sur les réseaux sociaux. Ces allégations, si elles ne sont pas encore prouvées, alimentent un climat de défiance envers les institutions chargées de la sécurité.
Dans les quartiers et certains grands marchés de la ville, les petits commerces continuent néanmoins de fonctionner normalement. Cette résilience partielle montre que l’économie locale, bien que perturbée, n’est pas totalement à l’arrêt. La situation reste toutefois fragile, car la persistance de l’insécurité pourrait avoir des conséquences plus durables sur les activités commerciales et le quotidien des habitants d’Isiro.
A lire aussi : Haut-Uele : Jean Bakomito Gambu frappe fort contre les tracasseries routières ; Isiro : Jean Bakomito mobilise FARDC et police contre l'insécurité et Ebola
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
