Le dramaturge béninois Jérôme Tossavi a partagé, le 2 septembre 2026, sa conception de l’écriture théâtrale avec les membres du Laboratoire des Critiques Africaines. Lors d’une session en visioconférence consacrée à la structure de l’écriture dramatique, il a expliqué que le texte porte déjà en lui la première mise en scène, avant même l’intervention d’un metteur en scène sur le plateau.
Cette approche place le conflit au centre du travail de l’auteur. Selon Jérôme Tossavi, l’écriture dramatique repose sur une mécanique précise : le conflit matériel, qui oppose les personnages, et le conflit intérieur, qui traverse chaque protagoniste. Ces deux formes de tension génèrent la catharsis chez le spectateur, c’est-à-dire une libération émotionnelle qui donne au théâtre sa portée.
Le texte comme première scène
Pour Jérôme Tossavi, l’écriture est un acte solitaire qui précède toute rencontre avec le plateau. Il se définit comme un auteur de table, qui écrit la fable avant de penser à la scène. Cette position le conduit à ne pas mettre en scène ses propres pièces, afin de laisser le texte à la liberté d’interprétation d’autres metteurs en scène.
Cette conception s’appuie sur une recherche documentaire rigoureuse. Pour sa pièce Incinérés, consacrée aux 26 œuvres d’art restituées au Bénin par la France, l’auteur a mené une enquête d’un an et demi auprès de la Cour royale et des artisans masquiers avant d’écrire le premier mot. Cette exigence nourrit un répertoire varié, de la fable animalière au drame historique.
Le suspense pour éviter la routine
Jérôme Tossavi insiste sur la nécessité d’instaurer des nœuds dramatiques pour maintenir l’attention du public. Il cite l’exemple d’un sac posé au centre du plateau, émettant un tic-tac et un signal lumineux, qui rythme les échanges de rescapés d’un attentat. Chaque bip réactive l’urgence et pousse les personnages dans leurs retranchements.
Cette gestion du rythme évite ce qu’il appelle le « théâtre-conférence », où l’absence de tension fait perdre le fil de l’histoire. Le dramaturge rappelle que les moments de climax sont essentiels pour créer l’émotion théâtrale, qu’ils passent par un objet menaçant ou une montée d’intensité verbale.
Des repères pour la critique
La session a également fourni des outils aux critiques culturels présents. Jérôme Tossavi recommande de distinguer les défauts d’écriture des choix de mise en scène, d’analyser la progression des tensions plutôt que de résumer l’intrigue, et de s’affranchir des catégories académiques pour évaluer la cohérence interne d’une œuvre contemporaine.
Cette posture anticonformiste, revendiquée par l’auteur, invite à lire l’architecture du texte avant de juger la scène. Elle rappelle que le travail du critique consiste à décoder les mécanismes invisibles qui portent un spectacle, une exigence au cœur du module proposé par le Laboratoire des Critiques Africaines.
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Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
