La 63e session ordinaire du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies s’est ouverte ce lundi 7 septembre à Genève, sous la présidence de l’ambassadeur indonésien Sidharto Reza Suryodipuro. Dès la première journée, le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, a placé la situation sanitaire en République démocratique du Congo au cœur de son intervention, en évoquant l’épidémie d’Ebola qui touche le pays depuis mai 2026.
Cette prise de parole intervient alors que la RDC fait face à sa 17e épidémie de maladie à virus Ebola, provoquée par la souche Bundibugyo. Déclarée officiellement dans la province de l’Ituri, la flambée s’est progressivement étendue à six provinces et plus de 60 zones de santé, selon les autorités sanitaires et leurs partenaires. Cette progression rapide en fait l’une des épidémies les plus graves jamais enregistrées dans le pays.
Un virus sans vaccin homologué ni traitement spécifique
La souche Bundibugyo, à l’origine de l’épidémie actuelle, présente une particularité préoccupante : il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé contre ce virus. Cette absence d’outils médicaux validés complique la riposte, car les équipes sanitaires ne peuvent pas s’appuyer sur les mêmes stratégies de prévention que lors des épidémies précédentes causées par la souche Zaïre.
Le contexte local aggrave les difficultés. L’insécurité, les déplacements de populations et les mouvements de personnes importants favorisent la propagation du virus. Par ailleurs, les problèmes de confiance et d’adhésion de certaines communautés aux interventions sanitaires peuvent entraver la surveillance épidémiologique, le suivi des contacts et l’identification rapide des cas. Ces obstacles ralentissent la prise en charge des personnes infectées et augmentent le risque de transmission.
Un plan de riposte de 180 jours pour intensifier la réponse
Face à cette situation, le gouvernement congolais, avec l’appui de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), du système des Nations Unies, d’Africa CDC et d’autres partenaires, a lancé le 4 septembre 2026 à Kinshasa un plan multisectoriel révisé de 180 jours. Ce plan, fondé sur l’approche « Une seule santé », vise à renforcer la surveillance, améliorer la prise en charge des cas et intensifier les interventions au cœur des communautés.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé les États membres et les donateurs à accroître et à accélérer leurs contributions pour financer ce nouveau plan. Selon l’OMS, le plan gouvernemental pour les six prochains mois nécessite environ 1,3 milliard de dollars pour couvrir les opérations de l’ensemble des partenaires. Lors d’un briefing de haut niveau consacré à la réponse à Ebola, Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné que la durée de l’épidémie aura un coût humain et financier croissant, tout en estimant que cette épidémie peut être contrôlée et arrêtée si les ressources nécessaires sont mobilisées à temps.
Un affaiblissement des systèmes de santé mondiaux pointé du doigt
Dans son discours à Genève, Volker Türk a établi un lien direct entre l’affaiblissement de la coopération internationale et l’aggravation de la crise sanitaire en RDC. Selon lui, certaines puissances cherchent à remettre en cause les mécanismes multilatéraux au profit d’approches fondées sur les rapports de force et les intérêts transactionnels. Cette tendance aurait des conséquences concrètes sur la santé mondiale, notamment en réduisant les financements destinés aux systèmes de santé.
« Pour comprendre les conséquences de cette situation, prenons l’exemple de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC). L’affaiblissement des systèmes de santé mondiaux et la réduction des financements ont aggravé la situation, qui continue de constituer une menace transfrontalière », a déclaré le Haut-Commissaire. Cette déclaration souligne que les épidémies ne s’arrêtent pas aux frontières nationales et que la coopération internationale reste essentielle pour y faire face.
L’épidémie a d’ailleurs déjà touché l’Ouganda, où les autorités sont parvenues à interrompre la transmission. En RDC, en revanche, la maladie continue de circuler, maintenant une forte pression sur le système de santé et les équipes engagées dans la riposte. La situation illustre les difficultés auxquelles se heurte une réponse sanitaire lorsque les financements humanitaires internationaux se contractent alors que les besoins augmentent.
A lire aussi : Riposte Ebola en Ituri : une base logistique de 240 m² à Lita ; Ebola en Ituri : la résistance communautaire freine la riposte à Bunia
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
