Quatorze civils qui étaient cantonnés dans les installations de la MONUSCO à Goma depuis la chute de la ville sont arrivés ce mardi 26 août à Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu. Leur accueil à l’aéroport de Mavivi par le directeur de cabinet du gouverneur militaire, David Kamuha Musubao, représentant le général-major Somo Kakule Evariste, soulève une question simple : que signifie concrètement ce transfert pour le retour de l’autorité de l’État dans une province encore marquée par la crise ?
L’arrivée de ces civils ne se résume pas à un simple déplacement humanitaire. Elle s’inscrit dans un processus politique plus large, celui de Doha, que les autorités présentent comme un cadre devant contribuer au rétablissement progressif de la paix et de l’autorité de l’État dans les zones affectées par le conflit. Pour David Kamuha Musubao, cette étape est « un pas vers l’unité du territoire et le retour de l’autorité de l’État », une déclaration qui place ce transfert sous le signe de la reconquête symbolique et administrative d’un territoire fragilisé.
Un accueil officiel pour marquer la présence de l’État
La présence du directeur de cabinet du gouverneur militaire à l’aéroport de Mavivi n’est pas anodine. Elle vise à montrer que l’administration provinciale, déplacée à Beni, reste active et capable d’organiser l’accueil de populations déplacées. En recevant ces quatorze civils, les autorités du Nord-Kivu envoient un signal : l’État ne se contente pas d’observer la situation, il agit pour réinstaller ceux qui ont fui Goma. Cette démarche s’inscrit dans une logique de restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions, un enjeu central dans une région où la légitimité de l’État est régulièrement contestée.
Une prise en charge limitée mais symbolique
Les quatorze civils seront pris en charge à Beni pendant un mois. Cette mesure, bien que modeste, vise à faciliter leur installation et leur accompagnement après leur départ de Goma. Elle répond à un besoin immédiat : offrir un cadre minimal de stabilité à des personnes qui ont vécu la chute de leur ville et un séjour prolongé dans des installations onusiennes. Mais elle soulève aussi des questions sur la durabilité de cette assistance. Que se passera-t-il après ce mois ? Les autorités n’ont pas précisé les modalités de suivi à plus long terme, laissant planer une incertitude sur la capacité de l’État à assurer une réinsertion complète.
Le processus de Doha comme toile de fond
Le transfert vers Beni intervient dans un contexte marqué par les efforts engagés pour trouver une issue politique et pacifique à la crise sécuritaire dans l’est de la RDC. Le processus de Doha est présenté par les autorités comme l’un des cadres devant contribuer au retour progressif de la paix et de l’autorité de l’État. En accueillant ces civils, le gouvernement provincial tente de matérialiser ce discours sur le terrain. Romain Kaurwa, porte-parole du groupe, a d’ailleurs exprimé sa reconnaissance au président de la République pour son engagement en faveur de la paix et du rétablissement de la stabilité dans l’est du pays. Cette déclaration, bien que personnelle, reflète un espoir partagé par de nombreux déplacés : que les promesses de paix se traduisent par des actes concrets.
Reste à savoir si ce transfert de quatorze personnes peut réellement incarner un tournant. Dans une province où des milliers de civils restent déplacés et où l’autorité de l’État demeure contestée, ce geste apparaît davantage comme un symbole que comme une solution structurelle. Il témoigne néanmoins d’une volonté politique de réaffirmer la présence de l’État à Beni, devenue capitale provisoire, et de préparer le terrain à un éventuel retour plus large des populations. Pour les citoyens du Nord-Kivu, l’enjeu est de savoir si cette dynamique se poursuivra au-delà des gestes ponctuels.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
