L’appel à un dialogue national inclusif lancé par le chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo trouve un écho favorable auprès de deux voix engagées dans le débat public. Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba, signataires d’une tribune commune consacrée à l’urgence d’unir la Patrie et de refonder le pacte national, saluent cette ouverture. Ils accueillent également de façon positive les démarches entreprises par la CENCO et l’ECC pour rapprocher les positions et contribuer à la recherche d’une issue politique aux fractures qui traversent le pays.
Mais derrière cet accueil, une exigence se dessine : que ce dialogue ne soit pas une énième conférence sans lendemain. Pour les deux acteurs, l’enjeu n’est pas de redistribuer les cartes du pouvoir, mais de refonder le pacte national. Une distinction qui place la responsabilité des participants face à l’histoire et aux attentes des citoyens.
Un dialogue pour refonder, pas pour redistribuer
Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba sont catégoriques : le Congo n’a pas besoin d’une conférence de plus. Ils mettent en garde contre une approche qui se limiterait à recomposer des équilibres politiques, à calmer momentanément les tensions ou à préparer les prochains positionnements électoraux. « Si le dialogue consiste simplement à redistribuer des fonctions, recomposer des équilibres politiques, calmer momentanément les tensions ou préparer les prochains positionnements électoraux, nous aurons manqué l’essentiel », déclarent-ils.
Cette mise en garde résonne comme un appel à dépasser les logiques partisanes. Elle interroge la capacité des acteurs politiques à placer l’intérêt général au-dessus des calculs immédiats. Pour les deux signataires, le dialogue doit produire davantage qu’un communiqué final : il doit déboucher sur un pacte national assorti d’engagements précis, d’un calendrier, de responsabilités identifiées et de mécanismes de suivi.
Une méthode ascendante pour entendre tout le pays
L’inclusivité ne se décrète pas, elle se construit. Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba plaident pour une méthode ascendante, estimant que les discussions sur l’avenir du pays ne peuvent se limiter à Kinshasa, aux Congolais de la capitale et à la classe politique. « Les Congolais de toutes les autres parties du pays doivent pouvoir dire eux-mêmes ce qu’ils considèrent comme les principales fractures de la République, leurs difficultés, leurs attentes et leurs priorités. Et le sommet politique, institutionnel et social doit ensuite arbitrer sur la base de ce que le pays aura réellement exprimé », indiquent-ils.
Cette approche vise à donner une voix aux populations souvent éloignées des centres de décision. Elle suppose un effort de consultation et d’écoute qui dépasse les habitudes centralisatrices. Pour les deux acteurs, l’inclusivité ne signifie pas réunir plusieurs milliers de personnes autour d’une table, mais que toutes les composantes significatives de la Nation soient réellement entendues et que ceux qui participent au sommet disposent d’une représentativité et d’une légitimité réelles.
Une légitimité nationale sans représentation de convenance
La question de la représentativité est au cœur de leur proposition. « Le dialogue peut donc être sélectif dans sa représentation tout en demeurant national dans sa légitimité : moins de représentation de convenance ; davantage de représentation réelle du pays », affirment-ils. Cette formule résume une exigence de sincérité dans la composition des instances de dialogue.
Elle invite à dépasser les logiques de façade pour privilégier des participants porteurs d’un mandat ou d’une légitimité vérifiable. Dans un contexte de crise, cette exigence apparaît comme une condition de crédibilité du processus. Les citoyens, lassés des promesses non tenues, pourraient y voir un gage de sérieux.
L’appel de Carbone Beni et Jean-Jacques Lumumba s’inscrit dans un moment où la RDC cherche une issue à des fractures profondes. Leur insistance sur la refondation du pacte national plutôt que sur la redistribution du pouvoir marque une volonté de replacer le débat sur le terrain des principes et des institutions. Reste à savoir si les acteurs politiques sauront transformer cette exigence en méthode concrète, au service de tous les Congolais.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
