La République démocratique du Congo traverse une période où les menaces se superposent et se renforcent. Deux figures de la société civile, Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni, ont rendu publique, le 16 août 2026, une tribune qui appelle à un sursaut collectif. Leur texte, cosigné par le lanceur d’alerte et président du Collectif Restitution Afrique, et par l’acteur de la société civile et président du Mouvement PACTE, dresse un constat sévère : le pays fait face à une agression extérieure, à des rébellions armées, à un terrorisme persistant et à une fracture intérieure qui pousse certains Congolais à considérer les armes comme un moyen d’accès ou de retour au pouvoir.
Ce diagnostic, développé sur huit pages, ne se limite pas aux menaces sécuritaires. Les deux signataires pointent aussi la manipulation de l’opinion, la désinformation, l’exploitation des frustrations communautaires et un opportunisme politique qui place parfois la conquête du pouvoir au-dessus de la survie de la République. Face à cette accumulation de périls, la question n’est plus seulement de savoir qui gouverne, mais comment la nation peut se reconstruire sur des bases plus solides.
Une société civile fragmentée face à des enjeux vitaux
Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni ne s’en tiennent pas à un réquisitoire contre les autorités ou l’opposition. Ils interpellent directement la société civile congolaise, dont ils reconnaissent les ressources humaines et intellectuelles. Selon eux, elle ne manque ni d’organisations, ni de personnalités, ni d’intelligence, ni de courage. Ce qui lui fait défaut, c’est la convergence. Cette absence de coordination affaiblit la capacité des citoyens à peser sur les décisions qui engagent l’avenir du pays.
Pour y remédier, les deux acteurs proposent la constitution d’une « Alliance Citoyenne pour la Patrie ». Cette structure devrait réunir des mouvements citoyens, des organisations de la société civile, des lanceurs d’alerte, des chercheurs, des universitaires, des femmes, des jeunes, des associations de victimes, des organisations professionnelles, des acteurs culturels, des Églises, la diaspora et des personnalités indépendantes. L’objectif est de créer un espace où les forces vives du pays puissent parler d’une seule voix, sans renoncer à leur diversité.
Un pacte pour dire la vérité au pouvoir comme à l’opposition
La tribune précise la posture que devrait adopter cette alliance. Elle devrait être capable de dire au pouvoir : « nous vous soutiendrons lorsque vous défendrez la République, mais nous resterons libres de vous demander des comptes ». À l’opposition, elle devrait affirmer : « nous défendrons votre droit à contester et soutiendrons vos revendications lorsqu’elles sont justes ; mais nous ne suivrons ni les armes, ni la manipulation, ni l’opportunisme qui place la conquête du pouvoir au-dessus de la Patrie ». Aux partenaires internationaux, elle devrait rappeler : « nous voulons travailler avec le monde, mais dans le respect de notre souveraineté, de nos intérêts et de la dignité de notre peuple ».
Ces formulations dessinent une ligne de crête exigeante. L’alliance ne serait ni un relais du pouvoir, ni un simple contre-pouvoir. Elle se donnerait pour mission de documenter avant d’accuser, de proposer avant de condamner, de contrôler ceux qui gouvernent et d’interpeller ceux qui aspirent à gouverner. Elle devrait aussi défendre l’intégrité territoriale, suivre les grands accords engageant l’avenir du pays, défendre la souveraineté économique et combattre le tribalisme et la manipulation.
Reconstruire le Congo au-delà des échéances immédiates
Pour les signataires, le véritable enjeu dépasse les rendez-vous politiques classiques. Ils écrivent que le vrai défi n’est pas seulement le prochain dialogue, ni seulement la prochaine élection, ni même uniquement la fin de la guerre, mais « le Congo qu’il faut reconstruire et laisser aux autres générations ». Cette phrase résume l’ambition d’un pacte national qui ne se réduirait pas à une alternance ou à un cessez-le-feu, mais qui viserait à refonder les bases de la vie commune.
La proposition de Jean-Jacques Lumumba et Carbone Beni intervient dans un contexte où les Congolais sont nombreux à douter de la capacité des institutions à protéger le territoire et à garantir un avenir stable. En appelant à une alliance citoyenne large, ils tentent de transformer ce doute en une force de proposition et de contrôle. Reste à savoir si les organisations et personnalités visées répondront à cet appel, et si cette convergence pourra se construire sans se dissoudre dans les rivalités qui minent déjà la société civile.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
