À Kindu, dans la province du Maniema, la préparation de la rentrée scolaire prend un visage particulier. De nombreux enfants, filles et garçons, arpentent quotidiennement les rues pour vendre des marchandises, une pratique qui suscite l’inquiétude des défenseurs des droits de l’enfant. Ce constat, rapporté par Radio Okapi, met en lumière une réalité sociale où la précarité pousse les familles à impliquer les plus jeunes dans le petit commerce.
Une jeunesse mobilisée pour financer sa propre scolarité
Sur les principales artères de la ville, le spectacle est devenu familier. Des enfants circulent avec des bassins remplis de bananes, de beignets ou d’arachides, proposant leurs produits aux passants. L’un d’eux, rencontré sur place, explique sa démarche : « Si je fais ce commerce, c’est parce que mes parents n’ont pas les moyens de m’acheter les fournitures scolaires. C’est pour cela que je sillonne la ville avec mes marchandises afin de trouver l’argent nécessaire pour acheter mes fournitures scolaires. » Cette déclaration illustre une inversion des rôles où l’enfant devient acteur de sa propre prise en charge éducative.
Le commerce familial, une stratégie de survie économique
Pour certains parents, cette implication des enfants n’est pas un choix mais une nécessité. Madame Jeanne, une habitante de Kindu, justifie cette pratique : « Si je fais ce commerce avec mes enfants, c’est pour me faciliter la tâche. Si j’envoie l’un à l’est et l’autre à l’ouest, le soir nous nous retrouvons avec une enveloppe plus consistante. Cela va m’aider à préparer leur rentrée des classes. » La logique est simple : multiplier les points de vente pour augmenter les revenus du ménage. Mais cette stratégie soulève une question centrale : jusqu’où peut-on solliciter les enfants sans compromettre leurs droits fondamentaux ?
Les organisations de défense des droits de l’enfant montent au créneau
Face à cette situation, les organisations de défense des droits de l’enfant tirent la sonnette d’alarme. Leurs responsables rappellent que l’exploitation commerciale des enfants est interdite et punie par la loi. Ils insistent sur la responsabilité parentale : il incombe aux parents de subvenir aux besoins de leurs enfants, et non l’inverse. Ces acteurs plaident pour une meilleure protection des enfants, particulièrement en cette période de vacances marquée par les préparatifs de la rentrée scolaire. Leur message est clair : la précarité ne saurait justifier une violation des droits de l’enfant.
À Kindu, la rentrée scolaire approche, mais elle révèle des fractures sociales profondes. Entre nécessité économique et protection de l’enfance, le débat est loin d’être tranché. Les enfants, eux, continuent de porter leurs bassins, porteurs malgré eux d’un fardeau qui dépasse largement le poids des marchandises.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
