La parade tenue ce lundi 10 août 2026 au camp de base de N’sele n’avait rien d’une simple revue d’effectifs. Le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant de la Task Force chargée de l’assainissement de Kinshasa, y a annoncé un durcissement immédiat de la discipline, visant aussi bien les citoyens que les « bâtisseurs de la nation » eux-mêmes. Une posture qui interroge : la métropole congolaise peut-elle vraiment changer sans une adhésion populaire durable ?
Un constat amer : le désordre regagne du terrain
Sur le terrain, le commandant a dressé un état des lieux sans complaisance. « Le désordre commence à reprendre », a-t-il déclaré, pointant le retour des marchés sur les trottoirs, les infractions au Code de la route et le déversement sauvage d’ordures ménagères sur la voie publique. Pour lui, ces actes ne sont pas de simples incivilités : certains viseraient délibérément à « anéantir les efforts des bâtisseurs ». Une accusation grave qui révèle la fragilité des progrès accomplis et la difficulté d’ancrer une culture de l’assainissement dans une ville où les mauvaises habitudes semblent profondément enracinées.
Des sanctions immédiates pour marquer les esprits
La réponse ne s’est pas fait attendre. Le jour même, des personnes surprises en train de jeter des immondices ont été sanctionnées, illustrant la nouvelle politique de « tolérance zéro » décrétée par le commandant. Mais la rigueur ne s’arrête pas aux civils : les bâtisseurs de la Task Force ayant manqué à la discipline ont également été punis. Le message est clair : personne n’est au-dessus des règles. Cette égalité de traitement, si elle est maintenue, pourrait renforcer la crédibilité de l’institution, mais elle expose aussi les failles d’un dispositif qui peine à encadrer ses propres troupes.
Une unité d’intervention jour et nuit pour verrouiller la ville
Pour contrer la résurgence du désordre, Jean-Pierre Kasongo Kabwik a annoncé la création d’une unité d’intervention et d’une unité de surveillance, opérationnelles « jour et nuit ». L’objectif est de quadriller le terrain pour empêcher les comportements qui compromettent l’assainissement et la sécurité routière. Derrière cette annonce, c’est une vision sécuritaire de la propreté urbaine qui se dessine, où la contrainte prend le pas sur la sensibilisation. Reste à savoir si les moyens suivront et si la population acceptera ce contrôle renforcé sans le percevoir comme une occupation.
Une mission présidentielle à l’épreuve du quotidien
La Task Force agit sur instruction du président Félix Tshisekedi, déterminé à faire de Kinshasa une ville propre, disciplinée et respectueuse des espaces publics. Sur le terrain, les bâtisseurs poursuivent leur travail de nettoyage des artères et de dégagement des déchets. Mais l’incivisme persistant et les résistances observées montrent que le défi dépasse la simple logistique. La bataille pour l’assainissement est aussi une bataille culturelle, et c’est sur ce front que se jouera la réussite ou l’échec de cette mission présidentielle.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
