La rencontre entre des vétérans de la rumba congolaise et la Première ministre Judith Suminwa, le 7 août à Kinshasa, a mis en lumière un enjeu économique central pour le secteur culturel : la protection des droits d’auteur. À la veille de la « Nuit des Légendes de la Rumba », les artistes ont plaidé pour un meilleur accompagnement de l’État, soulignant que la musique congolaise génère des revenus dont les créateurs ne bénéficient pas pleinement.
Un manque à gagner pour les créateurs
Les droits d’auteur constituent la principale source de revenus pour de nombreux artistes, mais leur gestion opaque prive les musiciens d’une part significative des recettes issues de leurs œuvres. Lors de la rencontre, des figures comme Jeannot Bombenga, Mbilia Bel ou Bozi Boziana ont exprimé leurs difficultés à vivre de leur art, malgré la popularité de la rumba congolaise. La question est d’autant plus pressante que ce genre musical, inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2021, attire l’attention internationale et pourrait générer des retombées économiques plus importantes si les mécanismes de répartition étaient plus transparents.
Un soutien institutionnel pour structurer la filière
Au-delà des droits d’auteur, les artistes ont sollicité un appui de l’État pour le Festival international des étoiles (FIET), dont la 16ᵉ édition accueille la « Nuit des Légendes de la Rumba » ce 8 août. Serge Kayembe, promoteur du festival, a indiqué que la Première ministre avait écouté les préoccupations et évoqué des pistes pour le développement du secteur. L’objectif est de faire de la reconnaissance de la rumba un levier économique : après Kinshasa, le FIET se tiendra à Paris du 27 au 29 novembre 2026, une occasion de renforcer la visibilité et les revenus des artistes congolais à l’étranger.
Des retombées concrètes pour les ménages d’artistes
Pour les musiciens, l’enjeu est directement lié à leurs conditions de vie. Sans protection efficace des droits d’auteur, les revenus restent irréguliers et insuffisants, ce qui fragilise les carrières et décourage les jeunes talents. La délégation, conduite par la ministre de la Culture Yolande Elebe, a insisté sur la nécessité de mieux protéger la création musicale pour que les auteurs et interprètes puissent bénéficier des fruits de leur travail. Une meilleure régulation pourrait ainsi stabiliser les revenus de centaines de ménages dépendant de l’industrie musicale.
Un rendez-vous à transformer en opportunité économique
La « Nuit des Légendes de la Rumba » n’est pas seulement un événement culturel : elle symbolise la capacité du secteur à attirer des investissements et à créer des emplois, pour peu que l’État joue son rôle de facilitateur. La présence d’une dizaine d’artistes de la diaspora montre le potentiel de rayonnement international, mais aussi la nécessité d’un cadre légal solide pour que les retombées profitent d’abord aux créateurs locaux. La rencontre avec Judith Suminwa pourrait ainsi marquer un premier pas vers une politique culturelle plus attentive aux réalités économiques des artistes congolais.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
