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Lola ya Bonobo : le coût de la survie d’une espèce menacée à Kinshasa

À une vingtaine de kilomètres du tumulte de Kinshasa, le sanctuaire Lola ya Bonobo déploie une mécanique de survie où chaque geste de soin répond à une urgence économique et écologique. Depuis 1994, ce centre de réhabilitation situé dans la commune de Mont-Ngafula accueille des bonobos orphelins, victimes du braconnage et de la déforestation. Leur prise en charge, de la nurserie à la réintroduction en milieu naturel, mobilise des ressources humaines et financières considérables, illustrant le coût de la conservation d’une espèce endémique classée « En danger » par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Un modèle de soins intensifs pour une espèce menacée

Dans la nurserie, des mères de substitution comme Micheline Nzonzi assurent un suivi constant des jeunes primates. « Ils ont besoin d’un épanouissement de 5 ans pour oublier le traumatisme », explique-t-elle. Ce travail de longue haleine, qui imite le maternage naturel, est essentiel pour préparer les bonobos à une vie autonome. Chaque animal reçoit un nom lié à sa localité d’origine, une pratique qui, selon la biologiste Suzy Kwetuenda, vise à « récupérer leurs origines » et à « préserver la mémoire animale ». Cette approche individualisée a un coût : alimentation, soins vétérinaires et personnel qualifié pèsent sur le budget de l’association Les Amis des Bonobos du Congo, qui gère le sanctuaire.

L’écotourisme comme levier de financement

Ouvert du mardi au dimanche, Lola ya Bonobo attire des visiteurs dont les droits d’entrée contribuent au fonctionnement du centre. Avant chaque visite, une séance de sensibilisation est organisée dans une paillote éducative. « On reçoit les visiteurs afin de leur expliquer pendant 10 minutes, ensuite on les fait visiter les Bonobos », indique Blaise Mbwaki, chargé de l’éducation. Ce modèle d’écotourisme, fondé sur la devise « La conservation commence par l’éducation », génère des revenus tout en diffusant un message de protection de la biodiversité. Pour les communautés locales, il représente aussi une opportunité économique indirecte, bien que les retombées précises ne soient pas documentées ici.

Réintroduction et gestion des ressources naturelles

Après leur réhabilitation, certains bonobos sont relâchés dans la réserve d’Ekolo ya Bonobo, une forêt tropicale de 50 000 hectares située dans le territoire de Basankusu, province de l’Équateur. Une quarantaine d’individus y ont déjà été réintroduits, un processus qui implique les communautés riveraines dans une logique de développement durable. Cette stratégie vise à restaurer les populations sauvages tout en limitant les pressions anthropiques sur l’habitat. Le braconnage et la déforestation restent toutefois des menaces majeures : le nombre de bonobos est passé d’environ 100 000 en 1980 à près de 20 000 aujourd’hui, selon les données du sanctuaire.

Un investissement collectif pour l’avenir

La conservation des bonobos ne relève pas seulement de l’éthique environnementale : elle engage des choix économiques concrets. Le sanctuaire, fondé par Claudine André, fonctionne grâce à des dons, des subventions et les recettes touristiques. Chaque naissance évitée par le braconnage, chaque réintroduction réussie, représente un capital naturel préservé pour les générations futures. Dans un pays où les ressources sont limitées, ce modèle montre que la protection de la biodiversité peut s’articuler avec des activités génératrices de revenus, à condition d’un engagement durable des acteurs publics et privés.

Article Ecrit par Amissi G

Source: Eventsrdc

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