À Kinshasa, la flambée des loyers transforme l’accès au logement en un parcours semé d’embûches pour de nombreux ménages. Dans plusieurs communes de la capitale, des habitants pointent du doigt le rôle des commissionnaires immobiliers, dont les pratiques, souvent informelles, pèsent lourdement sur le budget des locataires.
Un marché locatif sous pression
Les témoignages recueillis à Limete, Kalamu, Matete, Lingwala ou Lemba dressent un constat alarmant. Un jeune travailleur rencontré devant l’hôpital HJ à Limete résume la situation : « Il y a deux ans, une maison ici coûtait 150 dollars. Aujourd’hui, on te parle de 250, voire 300 dollars. Pourtant, rien n’a changé dans la maison. » Cette hausse brutale, sans amélioration du bâti, contraint des familles à s’éloigner des centres urbains. À Kalamu, plusieurs d’entre elles affirment avoir dû déménager vers des quartiers plus excentrés, faute de moyens.
Le rôle amplificateur des intermédiaires
Pour de nombreux Kinois, cette inflation locative n’est pas seulement le fruit du marché. Ils mettent en cause les commissionnaires, ces intermédiaires qui mettent en relation propriétaires et locataires. Leur rémunération, souvent un pourcentage du loyer, les inciterait à gonfler les prix. « Ce sont eux qui poussent les bailleurs à augmenter les prix. Plus le loyer est élevé, plus leur pourcentage augmente. Ils ne pensent pas aux locataires », explique une personne d’une cinquantaine d’années. Un propriétaire, sous couvert d’anonymat, confirme : « On te conseille d’augmenter le prix en te disant que le quartier a pris de la valeur. Mais en réalité, c’est surtout pour que le commissionnaire gagne plus. »
Des pratiques frauduleuses qui fragilisent les ménages
Au-delà de la pression sur les prix, des pratiques assimilées à de l’escroquerie sont dénoncées. Un homme rencontré au rond-point Bongolo raconte : « On m’a demandé 10 dollars comme frais de déplacement pour aller voir une maison. Après avoir payé, le commissionnaire a disparu. Il ne répondait plus au téléphone. » D’autres évoquent des annonces trompeuses : des vidéos de maisons attrayantes sont envoyées, mais une fois sur place, le bien n’existe pas ou n’est plus disponible. Hugues, à Lemba, témoigne : « Ils te montrent une belle maison en vidéo. Mais quand tu arrives, soit la maison est différente, soit on te dit qu’elle est déjà louée. » Ces arnaques aggravent la précarité des locataires, déjà éprouvés par la cherté des loyers.
Un secteur sans cadre réglementaire
Face à ces dérives, l’absence de réglementation du métier de commissionnaire est pointée du doigt. L’intermédiation immobilière reste largement informelle à Kinshasa, ce qui ouvre la porte à tous les abus. « N’importe qui peut devenir commissionnaire du jour au lendemain, sans contrôle », regrette un habitant de Ngaba. Cette situation nourrit un sentiment d’insécurité chez les locataires, qui réclament une intervention des autorités pour encadrer le secteur. Patrick, un Kinois, alerte : « Si l’État n’intervient pas, d’ici 2030, nous ne pourrons plus louer à Kinshasa. » En attendant, de nombreuses familles continuent de subir un marché locatif imprévisible, où se loger dignement relève de plus en plus du parcours du combattant.
Article Ecrit par Amissi G
Source: actu30.cd
