Dans la pénombre d’une salle de Goma, une quinzaine de jeunes visages se penchent sur des écrans de téléphone. Leurs doigts glissent sur les fils d’actualité, mais cette fois, le geste n’a rien d’ordinaire. Ils apprennent à traquer l’invisible : la rumeur qui tue, le mensonge qui embrase. Ces jeunes, issus de différentes organisations locales, viennent d’être formés comme Digital Peace Watchers, des veilleurs numériques pour la paix, par le National Partnership of Children and Youth in Peacebuilding (NPCYP).
La session, tenue dans le chef-lieu du Nord-Kivu, visait à armer ces jeunes contre la désinformation qui circule sur les réseaux sociaux. Ils ont été initiés à l’identification des fausses informations, à la vérification des contenus viraux et à la prévention des discours susceptibles d’attiser les tensions communautaires. Un savoir-faire devenu vital dans une région où les mots peuvent être aussi dévastateurs que les armes.
Steeve Malaki et le pari des jeunes messagers de paix
Steeve Malaki, coordonnateur du NPCYP, a souligné l’urgence de cette formation. « Il y a trop de rumeurs qui circulent sur les réseaux et aujourd’hui les jeunes ont compris ce que coûte une rumeur, surtout si elle est fausse et si elle est largement propagée », a-t-il déclaré. Pour lui, l’enjeu dépasse la simple vérification des faits : il s’agit de transformer ces jeunes en « vrais messagers qui propagent des nouvelles capables d’apaiser la population ».
Cette vision place les Digital Peace Watchers au cœur d’une stratégie de résilience communautaire. Plutôt que de subir le flot toxique des rumeurs, ces jeunes deviennent des acteurs de la cohésion sociale, armés de compétences techniques et d’une éthique de responsabilité.
Goma, un terreau fertile pour les rumeurs numériques
La ville de Goma, marquée par des années de conflits et de déplacements, est un écosystème où l’information se déforme à grande vitesse. Les réseaux sociaux y jouent un rôle amplificateur, transformant une simple allégation en menace collective. La formation des Digital Peace Watchers répond à ce contexte spécifique, en misant sur la jeunesse comme rempart contre la manipulation.
Les participants, conscients de cette réalité, se sont dits disposés à servir leur communauté. Leur engagement ne se limite pas à une posture technique : il s’agit d’un acte citoyen, presque militant, pour restaurer la confiance dans la parole publique.
Des veilleurs numériques pour une paix durable
Au-delà de la détection des rumeurs, cette initiative du NPCYP esquisse un modèle de prévention des conflits par l’éducation aux médias. En formant des jeunes à devenir des relais d’information fiable, elle crée un maillage social capable de résister aux discours de haine. Chaque Digital Peace Watcher devient ainsi un point lumineux dans l’obscurité informationnelle.
La session de Goma n’est peut-être qu’un début. Elle rappelle que dans les zones de tension, la paix se construit aussi par des gestes simples : vérifier une source, démentir une fausse nouvelle, choisir le mot qui apaise plutôt que celui qui divise. Les jeunes formés l’ont compris, et c’est désormais entre leurs mains que repose une part de la sérénité collective.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: actu30.cd
