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À Matadi, la ferraille fait vivre des centaines de familles

À Matadi, la ferraille est devenue un gagne-pain pour des centaines de jeunes et de femmes, dans une ville où les emplois formels restent rares. Ce commerce de métaux usagés, qui s’apparente à une véritable économie de débrouille, permet à de nombreuses familles de subvenir à leurs besoins, tout en offrant une alternative à la délinquance.

Un circuit économique local bien rodé

Dès l’aube, les rues de la capitale du Kongo-Central résonnent des cris des collecteurs. « J’achète la mitraille ! J’achète la mitraille ! », lancent-ils en lingala et en kikongo. Ces jeunes sillonnent les quartiers pour acheter ou ramasser des métaux usagés, qu’ils paient entre 200 et 250 francs congolais le kilo. L’un d’eux confie : « À 6 heures du matin, je suis déjà debout. Je fais le tour de la ville en criant : “J’achète de la mitraille !” » Pour lui, ce travail est une question de survie : « Dans la vie, il faut se battre pour s’en sortir. Mieux vaut travailler durement que voler. »

La marchandise collectée est ensuite acheminée vers des dépôts spécialisés, où d’autres travailleurs, comme Héritier Manuana, s’affairent au tri. Père de famille, il y voit une fierté : « Nous sommes des parents et, grâce à ce travail, nous prenons soin de nos enfants. Ceux qui choisissent la voie du banditisme sont des paresseux. Nous, nous sommes des débrouillards. » Cette activité, loin d’être marginale, structure ainsi une chaîne de valeur qui fait vivre de nombreux ménages.

Les femmes, actrices clés de la filière

La récupération de la ferraille ne profite pas qu’aux hommes. Des femmes fréquentent aussi les dépôts pour acheter des matières premières destinées à de petites activités génératrices de revenus. Solange Tshanse, par exemple, y achète des morceaux de tôle pour fabriquer des braseros avec ses enfants. « Ils ont obtenu leurs diplômes, mais nous n’avons pas encore les moyens de les envoyer à l’université. En attendant, nous vivons de ce travail », explique-t-elle. Cette implication féminine montre comment la filière s’intègre dans des stratégies de subsistance familiales, en attendant des jours meilleurs.

De Matadi à Kinshasa : une marchandise qui vaut de l’or

La majeure partie de la ferraille collectée à Matadi termine son voyage à Kinshasa, dans les fonderies de l’entreprise FAMECO. Ce principal acheteur rachète la tonne à 350 dollars américains. Une fois le dépôt suffisamment rempli, les responsables chargent la marchandise dans des camions à destination de la capitale. Les revenus varient selon les quantités récoltées, mais les vendeurs assurent que le gain est toujours au rendez-vous. Ce commerce illustre ainsi une forme de recyclage économique qui relie la ville portuaire au poumon industriel du pays.

L’évacuation des épaves, une opportunité à saisir

Face à cette dynamique, les acteurs de la récupération lancent un appel aux autorités urbaines. La campagne d’évacuation des épaves en cours à Matadi représente, selon eux, une opportunité économique majeure. Si ces déchets métalliques étaient orientés vers la filière, ils pourraient bénéficier à de nombreux jeunes. Dans un contexte de chômage élevé, cette activité de survie démontre qu’il est possible de transformer des rebuts en source de revenus, pour peu que les pouvoirs publics facilitent l’accès à cette ressource.

Article Ecrit par Amissi G

Source: radiookapi.net

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