Des centaines d’habitants du Grand Kasaï et du Grand Bandundu prennent la route vers Lubumbashi et Kolwezi, dans un mouvement qui interroge sur l’avenir de ces territoires. Réunification familiale, quête de moyens de subsistance ou poursuite d’études, les raisons avancées par les voyageurs dessinent le portrait d’une région en crise, où l’exode devient une réponse individuelle à des difficultés collectives.
Un départ massif qui vide les villages
À Lufira, le constat est sans appel. Antho Ngalula, originaire de cette localité, décrit un phénomène qui prend des proportions alarmantes : « Notre village est resté vide. C’est du côté de Lufira. Près de dix villages se vident. Tous partent dans le Haut Katanga. Les jeunes partent, les femmes et les enfants. » Ces mots résonnent comme un signal d’alarme sur la désertification humaine qui frappe ces zones rurales. L’exode n’est plus un choix, mais une nécessité pour des familles entières qui ne voient plus d’avenir sur place.
La précarité économique comme moteur de l’exode
Les témoignages recueillis à Mbuji-Mayi, point de passage obligé de ces convois, révèlent une détresse économique profonde. Madeleine Nzeba, mère de six enfants, a quitté Tshitolo, dans le territoire de Katanda, pour rejoindre son mari à Lubumbashi. Sa décision est motivée par une survie devenue impossible : « Dans le Haut-Katanga, si tu as un peu d’argent, tu peux te débrouiller et manger avec les enfants. Ce n’est pas le cas ici. Nous avons la famine. Difficile de vêtir les enfants. Tu fais le champ, on te vole les récoltes. La souffrance dépasse les limites ! » Son récit met en lumière l’échec des structures locales à garantir la sécurité alimentaire et la protection des biens. Un autre voyageur, ancien chercheur de diamant, confirme l’effondrement des opportunités : « Je partais dans les mines. Actuellement, il n’y a plus des minerais. Je pars à Lubumbashi. D’autres personnes sont aussi parties. Si je ne parviens pas à entreprendre, je vais rentrer ici. » L’épuisement des ressources minières artisanales, longtemps poumon économique du Kasaï, pousse les hommes valides vers les centres urbains du Katanga, perçus comme des eldorados.
Des conditions de voyage qui exposent les plus vulnérables
Le périple vers Lubumbashi ou Kolwezi se fait dans des conditions qui défient la sécurité la plus élémentaire. Les véhicules privés, qui acheminent des produits manufacturés vers Mbuji-Mayi et Ngandajika pendant la saison sèche, se transforment au retour en transports de fortune pour les candidats à l’exode. Hommes et jeunes garçons voyagent parfois sur les toits, tandis que plus d’une centaine de personnes, femmes et enfants compris, s’entassent à bord. Cette précarité logistique expose les voyageurs à des risques d’accidents graves, sans que des alternatives de transport public sécurisé ne semblent exister. La quête d’une vie meilleure commence ainsi par une épreuve qui met en jeu leur intégrité physique.
L’éducation, un autre visage de la migration
Tous ne fuient pas seulement la misère. Nsuanansuana, un jeune étudiant venu de Kikwit, incarne une autre facette de cet exode : celle de la poursuite des études. « Je pars étudier à Lubumbashi. Mon grand frère est là-bas. Il a fait ses études-là. Il m’attend là-bas. C’est lui qui va me prendre en charge », explique-t-il. Son départ souligne le manque d’infrastructures éducatives ou de perspectives dans sa région d’origine, obligeant les jeunes à s’éloigner pour se former. Ce flux migratoire, s’il n’est pas accompagné, risque de priver durablement le Grand Kasaï et le Grand Bandundu de leurs forces vives, aggravant les déséquilibres régionaux.
Face à ces départs massifs, une question se pose : que restera-t-il de ces provinces si l’exode continue de saigner leurs populations ? Les récits de ces voyageurs, entre espoir et résignation, appellent à une réflexion urgente sur les politiques de développement local et la protection des citoyens dans leurs déplacements.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
