La riposte contre l’épidémie d’Ebola au Nord-Kivu se heurte à une résistance communautaire grandissante à Butembo et Beni, où des habitants s’opposent aux enterrements sécurisés et aux évacuations de patients. Ces actes, qui rappellent les difficultés de la dixième épidémie entre 2018 et 2020, compliquent la surveillance et la prise en charge des malades, alors que Butembo concentre la majorité des cas confirmés.
Des refus d’évacuation et des enterrements perturbés
À Butembo, dans le quartier Kyaghala, une équipe chargée d’un enterrement sécurisé a été confrontée vendredi 31 juillet à l’opposition de plusieurs habitants. Ces derniers exigeaient l’ouverture du cercueil pour vérifier l’identité du défunt, soupçonné d’être décédé d’Ebola. Une vidéo largement partagée sur les réseaux sociaux montre plusieurs jeunes manipulant le corps, malgré les mesures prévues dans le cadre des enterrements sécurisés. Ces procédures sont conçues pour limiter la transmission du virus, car le corps d’une personne décédée d’Ebola reste hautement contagieux. Leur non-respect expose donc directement les participants et la communauté à un risque accru de contamination.
À Beni, le samedi 1er août, des habitants du quartier Cité Belge se sont également opposés au transfert d’une patiente suspectée d’Ebola vers un centre de traitement. L’ambulance chargée de son évacuation a été caillassée, nécessitant l’intervention des forces de l’ordre. Ce type d’incident retarde la prise en charge médicale, pourtant essentielle pour augmenter les chances de survie du patient et pour isoler rapidement les cas suspects afin de briser les chaînes de transmission.
Des structures de santé prises pour cible
La situation inquiète davantage les acteurs de la riposte après plusieurs attaques contre des infrastructures de santé. Entre mardi et jeudi derniers, le centre hospitalier Crinovic et le poste de santé Zawadi, à Butembo, ont été incendiés. Selon des sources locales, ces actes seraient liés à des rumeurs visant les équipes engagées dans la lutte contre Ebola. Le 11 juin dernier, le Centre de traitement Ebola de Katwa avait déjà été la cible d’une tentative d’attaque. Ces destructions réduisent la capacité du système de santé à répondre non seulement à Ebola, mais aussi aux autres besoins médicaux de la population, comme les accouchements, le paludisme ou les vaccinations de routine.
Butembo, épicentre de l’épidémie
Selon les autorités sanitaires, Butembo demeure l’épicentre de la 17ᵉ épidémie d’Ebola au Nord-Kivu. Sur les 325 cas confirmés recensés dans la province au 27 juillet, 220 proviennent de cette zone. La multiplication des actes de résistance fait craindre un ralentissement des opérations de surveillance, de prise en charge des malades et de prévention de nouvelles contaminations. Concrètement, chaque refus d’évacuation ou enterrement non sécurisé peut générer de nouveaux cas, prolongeant ainsi la durée de l’épidémie et augmentant le nombre de personnes touchées.
Face à cette situation, les autorités sanitaires et les partenaires de la riposte rappellent l’importance de la collaboration communautaire et de la lutte contre les rumeurs, considérées comme l’un des principaux obstacles à la maîtrise de l’épidémie. Pour les habitants, cela signifie qu’accepter les mesures de riposte, comme les enterrements sécurisés ou le transfert des malades, est un geste concret pour protéger leur propre famille et leur quartier. La transparence sur les procédures et un dialogue renforcé avec les communautés restent des leviers essentiels pour restaurer la confiance et endiguer la propagation du virus.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
