À Matadi, dans la province du Kongo-Central, des dizaines de ménages vivent dans l’angoisse. Leurs habitations, construites sur le tracé des voiries en cours de réhabilitation, sont menacées de démolition. Une situation qui soulève une question lancinante : comment concilier développement urbain et protection des familles les plus vulnérables ?
Des travaux de réhabilitation qui fragilisent des foyers
Les travaux de modernisation des routes avancent, mais ils empiètent sur des constructions anarchiques. Selon des sources locales, certaines maisons ne sont que partiellement touchées, tandis que d’autres risquent d’être entièrement rasées. Les propriétaires, dans l’incertitude, ont entrepris des démarches auprès des autorités urbaines, sans obtenir de réponse claire sur une éventuelle indemnisation. Une mère de famille témoigne de son désarroi : « Nous ne savons plus quoi faire (…). Déplacer toute une famille, ce n’est pas facile. » Elle qualifie la situation de « stressante » et ignore si les occupants des maisons concernées seront indemnisés. Cette absence de communication renforce le sentiment d’abandon chez ces citoyens, qui voient leur quotidien bouleversé par un projet censé améliorer la vie urbaine.
La position ferme du maire de Matadi
Interrogé, le maire de Matadi rappelle les règles d’urbanisme. Pour lui, les constructions érigées sur les emprises des routes ne donnent droit à aucune compensation. « Si une parcelle est sur la route, on ne va pas vous indemniser. En revanche, si l’État procède à une expropriation pour un projet, une indemnisation est prévue », explique-t-il. L’autorité urbaine estime que ce problème revient à chaque lancement de travaux d’infrastructures et invite les habitants à éviter de bâtir sur les emprises réservées à la voirie. Cette position, bien que juridiquement fondée, laisse peu de place à la nuance. Elle met en évidence un conflit entre la nécessité de faire respecter la loi et l’impératif humanitaire de protéger les plus démunis. Le maire semble considérer que la prévention par l’information devrait suffire, mais sur le terrain, les réalités sont plus complexes.
Des familles en quête de clémence
Face à cette menace, les habitants concernés plaident pour une solution avant toute démolition. Ils redoutent les conséquences sociales pour leurs familles, qui pourraient se retrouver sans logement. Leur appel à la clémence met en lumière un dilemme : si le respect des normes est essentiel pour un développement harmonieux, l’absence de mesures d’accompagnement risque de précipiter des dizaines de personnes dans la précarité. À Matadi, la réhabilitation des voiries, censée améliorer la vie urbaine, devient ainsi une source d’inquiétude pour ceux qui y vivent. La situation interroge sur la capacité des pouvoirs publics à anticiper les impacts sociaux des grands travaux. Sans mécanisme de dialogue ou de soutien transitoire, la modernisation de la ville pourrait se faire au prix d’une fracture sociale accrue.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
