La signature d’un protocole engageant les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) à leur désarmement, démobilisation, cantonnement et dissolution, sous médiation américaine, a suscité des réactions contrastées entre Kinshasa et Kigali. Alors que le gouvernement congolais y voit une avancée majeure pour la paix dans l’Est, le Rwanda, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, dénonce une « manœuvre dilatoire ». Ce désaccord ravive les tensions autour du processus de paix et interroge sur la capacité des deux États à dépasser leurs méfiances réciproques pour le bien des populations civiles.
Un protocole qui prive Kigali de son argument sécuritaire
Selon Infos 27, le ministre congolais de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, a confirmé la signature de ce protocole dans lequel la rébellion s’engage au désarmement, au cantonnement et à sa dissolution. Cette étape, obtenue sous médiation américaine, est perçue par Kinshasa comme un moyen de priver Kigali de son argument sécuritaire, souvent invoqué pour justifier des interventions dans l’Est de la RDC. Le gouvernement rwandais se retrouverait ainsi face à ses obligations de retrait, selon les termes du Concept des Opérations (CONOPS) et de son Ordre Opérationnel (OPORD).
Kigali crie à la manipulation
La réaction rwandaise ne s’est pas fait attendre. Sur son compte X, le ministre Olivier Nduhungirehe a qualifié le texte de « manœuvre dilatoire », accusant Kinshasa de « grossière manipulation » pour échapper à ses obligations sécuritaires. « Il s’agit donc ici d’une grossière manipulation de Kinshasa et de ses suppôts, d’une manœuvre dilatoire de la RDC pour essayer de s’extirper de son obligation sécuritaire principale qui, selon le Concept des Opérations (CONOPS) et son Ordre Opérationnel (OPORD), devait être accomplie dans une période de 90 jours », a-t-il affirmé. Ce rejet catégorique souligne le fossé persistant entre les deux capitales et la difficulté à instaurer une confiance mutuelle, pourtant indispensable à la stabilisation de la région.
L’opposition congolaise vent debout contre la loi sur le référendum
Pendant que le dossier sécuritaire occupe le devant de la scène, la contestation politique s’intensifie à Kinshasa autour de la loi portant organisation du référendum. La coalition d’opposition C64 a rejeté la décision de la Cour constitutionnelle validant ce texte, comme le rapporte Actualité.cd. La plateforme « Article 64 » conteste la conformité de la loi et dénonce une manœuvre visant à faciliter un glissement du calendrier électoral. Pour 7sur7.cd, des leaders d’opposition accusent la Haute Cour d’avoir ouvert la voie au changement de l’ordre constitutionnel.
Une décision judiciaire qualifiée de « haute trahison »
Le Potentiel rapporte que les opposants Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga ont qualifié l’arrêt de la Cour de « nul et non avenu », estimant que l’instance judiciaire a été corrompue par le pouvoir en place. Les signataires du C64 dénoncent une « rébellion judiciaire » et accusent la Cour d’avoir commis une « haute trahison » envers le peuple congolais. Cette radicalisation du discours de l’opposition illustre la profonde défiance envers les institutions et fait craindre une escalade des tensions politiques dans un pays déjà fragilisé par les conflits armés.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
