La société civile et les notables du territoire d’Aru, en Ituri, ont officiellement alerté le gouverneur de province sur la dégradation sécuritaire le long de la frontière avec le Soudan du Sud. Dans une correspondance datée du 10 juillet, dont Radio Okapi a obtenu copie le 21 juillet, ils décrivent des incursions armées répétées et une criminalité croissante dans les centres commerciaux, appelant à un renforcement urgent du dispositif de sécurité.
Des chefferies frontalières exposées aux pillages et enlèvements
Les signataires pointent une situation particulièrement préoccupante dans les chefferies de Kaliko-Omi et de Kakwa. Selon leur lettre, des groupes armés en provenance du Soudan du Sud traversent régulièrement la frontière pour mener des opérations de pillage dans les villages congolais. Ces incursions s’accompagnent d’enlèvements de civils, alimentant un climat de peur au sein des communautés. Les forces vives rappellent notamment le kidnapping de plusieurs dizaines de civils survenu en avril dernier, un incident qui avait suscité une vive émotion. Elles estiment que la porosité de la frontière favorise les mouvements de ces bandes armées et expose davantage les populations à des attaques répétées.
Un manque d’effectifs militaires dénoncé le long de la frontière
Face à cette menace transfrontalière, les notables et acteurs de la société civile dénoncent l’insuffisance des effectifs des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) déployés le long de cette bande stratégique. Ils demandent au gouvernement provincial de renforcer la présence militaire afin de sécuriser les localités les plus exposées et de prévenir de nouvelles incursions. La lettre insiste sur la nécessité d’une réponse rapide pour protéger les civils et restaurer un minimum de confiance dans cette zone frontalière.
Braquages et violences ciblent les opérateurs économiques d’Aru et Ariwara
Au-delà de l’insécurité transfrontalière, la correspondance s’alarme de la hausse de la criminalité dans le territoire. La cité d’Aru et le centre commercial d’Ariwara, l’un des principaux pôles économiques du nord de l’Ituri, sont confrontés à une recrudescence des braquages à main armée visant principalement les opérateurs économiques. Plusieurs commerçants ont été victimes d’attaques ces derniers mois, entraînant d’importantes pertes financières. Cette vague de criminalité a également coûté la vie à un policier, illustrant la violence des réseaux criminels qui opèrent dans la zone. Les leaders communautaires redoutent que cette insécurité ne décourage les investisseurs et ne perturbe les échanges commerciaux qui font la réputation d’Ariwara et d’Aru.
Un appel à des procès forains pour juger les présumés criminels
Outre le renforcement du dispositif sécuritaire, la société civile plaide pour une réponse judiciaire plus ferme. Elle demande l’organisation rapide de procès forains afin de juger publiquement les présumés criminels déjà arrêtés, parmi lesquels figureraient certains ressortissants étrangers, notamment ougandais. Les signataires estiment que ces audiences publiques enverraient un signal fort contre l’impunité et contribueraient à restaurer la confiance de la population dans les institutions chargées de la sécurité et de la justice. Jusqu’au 22 juillet, le gouvernorat de l’Ituri n’avait pas encore réagi officiellement à cette interpellation. En attendant une réponse des autorités provinciales, les forces vives d’Aru appellent à des actions urgentes pour endiguer à la fois les incursions armées venues du Soudan du Sud et la criminalité qui gagne du terrain dans ce territoire frontalier.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
