L’appel au report de la marche du 22 juillet, lancé par les Églises à la Coalition C64, répond à une double logique de responsabilité républicaine et de décrispation politique, selon les explications du pasteur Eric Nsenga. Interrogé lundi lors d’un Space live animé par Stanis Bujakera Tshiamala, le porte-parole de l’Église du Christ au Congo a détaillé les motivations de cette démarche, tout en saluant la réponse favorable des leaders de l’opposition.
Un test de grandeur républicaine
La première raison avancée par le pasteur Eric Nsenga est la volonté de démontrer que les acteurs de la C64 sont des « républicains », capables de distinguer leurs intérêts propres de l’intérêt supérieur du pays. Il a insisté sur le fait que cette demande de retenue ne visait nullement à affaiblir la coalition, mais à lui offrir l’occasion de faire preuve de grandeur et de responsabilité. Ce geste intervient à un moment où le dialogue est envisagé comme la voie susceptible d’aborder les causes profondes de la crise, de l’agression dans l’Est à la gouvernance.
La décrispation comme préalable au dialogue
La seconde motivation relève de la logique de « décrispation » déjà à l’œuvre autour d’autres dossiers politiques évoqués par les participants, dont ceux concernant Seth Kikuni, Joseph Kabila ou Corneille Nangaa. Pour le pasteur Nsenga, une médiation ne peut exiger des concessions de toutes les parties sans que des acteurs politiques n’en donnent eux-mêmes l’exemple. D’où cet appel adressé à la C64 à accepter, la première, un geste de bonne volonté envers le processus de paix initié par le chef de l’État.
Un ultimatum pour maintenir la pression
Le pasteur a résumé la démarche de l’Église comme un test de la disposition réelle des acteurs politiques à s’engager dans la décrispation, en leur demandant de poser un acte concret de confiance avant même l’ouverture du dialogue. Il estime que la réponse positive de la C64 confirme la pertinence de cette approche et contribue à créer les conditions d’un dialogue apaisé. La coalition a toutefois assorti ce geste d’un ultimatum, exigeant la convocation officielle du dialogue national au plus tard le 15 août.
Cette exigence temporelle introduit une pression mesurable sur le calendrier politique. En conditionnant leur retenue à une échéance précise, les leaders de la C64 – parmi lesquels Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga – transforment un report de mobilisation en un levier de négociation. L’Église, en obtenant ce report, valide sa capacité à faciliter des compromis, mais l’ultimatum rappelle que la confiance reste fragile et subordonnée à des actes concrets.
Sur le plan économique, cette séquence de décrispation pourrait avoir des effets indirects. Un dialogue national crédible est souvent perçu par les opérateurs économiques comme un signal de stabilisation, susceptible de réduire l’incertitude et de favoriser les investissements. À l’inverse, un échec du processus ou un non-respect de l’ultimatum pourrait raviver les tensions et peser sur le climat des affaires. Pour l’heure, la balle est dans le camp des autorités, qui doivent désormais démontrer leur propre volonté de décrispation en convoquant le dialogue dans les délais impartis.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
