Un débat sur la constitutionnalité d’un éventuel gouvernement d’union nationale a opposé, lundi, l’ancien candidat à la présidentielle Tony Cassius Bolamba au pasteur Eric Nsenga, lors d’un Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala. L’échange a mis en lumière deux visions radicalement différentes de la gestion de la crise actuelle, interrogeant directement l’avenir des institutions et le rôle des citoyens dans la recherche d’une solution.
Un clivage sur la nature de la crise
Au cœur de la controverse se trouve la qualification même de la situation que traverse la République démocratique du Congo. Pour le pasteur Eric Nsenga, le recours au dialogue national place le pays « hors cadre » institutionnel strict, justifiant le recours à des « mécanismes paraconstitutionnels » ou à une « transition constitutionnelle » en période de crise. Il a illustré son propos en évoquant la convocation, par Jacques Chirac, de l’ensemble des forces politiques françaises lorsque les intérêts du pays étaient menacés au Liban. Selon lui, « on ne résout pas la guerre avec la Constitution », et le pays fait face à un « conflit armé » qui dépasse les règles ordinaires.
Tony Cassius Bolamba a vivement contesté cette analyse. Il a estimé qu’il n’existe pas de « crise des institutions » en RDC, mais un conflit armé, et que la Constitution définit clairement une majorité et une opposition. Pour lui, le rôle de l’opposition – surveiller, s’opposer, proposer – deviendrait caduc si celle-ci intégrait le gouvernement en dehors du cadre de l’Union sacrée. Une telle entrée constituerait, selon lui, une violation constitutionnelle.
La crainte d’une cooptation qui fragilise l’État de droit
L’ancien candidat à la présidentielle a dénoncé ce qu’il a qualifié de logique de « cooptation » bénéficiant à ceux qui prennent les armes contre l’État. « Quand tu tues plus de Congolais, tu seras coopté comme ministre », a-t-il lancé, invitant à ne pas « prendre les Congolais pour des imbéciles ». Cette charge soulève une question sensible : celle de la légitimité d’un gouvernement qui intégrerait des acteurs armés, au risque de banaliser la violence et d’affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions.
Face à ces critiques, le pasteur Nsenga a précisé qu’il s’exprimait à titre d’« avis technique » sur le droit constitutionnel, sans préjuger de l’issue réelle du dialogue. Il a récusé toute proximité avec l’opposition, se présentant comme situé « au milieu », entre une majorité qui verrait dans le dialogue un risque de « partage du gâteau » et une opposition contestant la légitimité même des institutions actuelles.
Un débat qui dépasse les acteurs politiques
Au-delà des joutes verbales, cet échange révèle les tensions profondes qui traversent la société congolaise sur la manière de sortir de la crise. Le pasteur Nsenga a conclu en affirmant que les Églises n’avaient pas vocation à trancher ce débat éminemment politique, la conclusion du dialogue devant, selon lui, émaner des Congolais eux-mêmes et non être anticipée a priori. Cette position renvoie la balle dans le camp des citoyens, qui pourraient être les premiers impactés par un éventuel gouvernement d’union nationale.
La question reste entière : un tel gouvernement serait-il un rempart contre l’instabilité ou un précédent dangereux pour l’État de droit ? Les arguments échangés lundi montrent que la réponse ne pourra faire l’économie d’un large débat public, seul à même de garantir que les solutions retenues servent l’intérêt général et non des intérêts particuliers.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
