Près de huit mois après la fin des violences dans le secteur de Banyali-Kilo, en Ituri, le retour à une vie normale reste un défi majeur pour les populations. Le chef de secteur, Innocent Madukadala, a dressé un constat préoccupant : seuls 20 % des déplacés ont regagné leurs villages, et les infrastructures sanitaires, notamment l’Hôpital général de référence d’Itendey, ne sont toujours pas réhabilitées. Cette situation complique l’accès aux soins, alors que la région fait face à des cas suspects d’Ebola.
Un retour timide des déplacés et des habitations détruites
Le retour des déplacés dans le secteur de Banyali-Kilo s’effectue à un rythme très lent. Selon Innocent Madukadala, seulement 20 % des personnes ayant fui les violences ont pu regagner leurs villages d’origine. Sur l’axe Kilo-Andasia-Lisey-Kabakaba, de nombreuses familles découvrent à leur retour des habitations détruites ou incendiées. Elles reconstruisent progressivement des abris de fortune, en attendant de pouvoir rebâtir leurs maisons. Cette précarité du logement expose les retournés à des conditions de vie difficiles, surtout en cette période de pluies.
L’hôpital d’Itendey toujours hors service, un risque sanitaire accru
La situation sanitaire constitue une préoccupation majeure. L’Hôpital général de référence d’Itendey, fortement affecté par les violences, n’a toujours pas été réhabilité. Cette absence d’infrastructure fonctionnelle rend l’accès aux soins de santé primaire très compliqué pour les habitants. « L’Hôpital général de référence d’Itendey n’est toujours pas réhabilité. Les soins de santé primaire sont devenus un véritable casse-tête pour les habitants, surtout dans ce contexte de maladie à virus Ebola. Pour une urgence médicale, il faut recourir à Mungwalu. Le temps que l’ambulance arrive, il est parfois déjà trop tard », déplore Innocent Madukadala. La région fait face à la présence de 10 à 15 cas suspects et cas contacts d’Ebola, ce qui rend la réhabilitation de l’hôpital d’autant plus urgente. En attendant, les évacuations médicales dépendent d’une ambulance basée à Mungwalu, située à plusieurs kilomètres, ce qui allonge les délais de prise en charge et peut avoir des conséquences graves pour les patients.
Une reprise économique progressive mais fragile
Sur le plan économique, la reprise demeure progressive. À Kilo-État, les activités commerciales ont retrouvé environ 50 % de leur niveau habituel. Toutefois, dans plusieurs villages, la fréquentation des marchés reste faible en raison des craintes persistantes liées à l’insécurité. L’agriculture, principale activité des ménages, peine également à se redresser. La production de banane plantain, aliment de base dans la région, a fortement diminué. Ce produit est désormais acheminé depuis Bunia, ce qui entraîne une hausse importante des prix sur les marchés locaux. Cette situation accentue les difficultés des populations déjà fragilisées par des années de conflit, en réduisant leur pouvoir d’achat et en limitant l’accès à une alimentation suffisante.
Consolider la paix et relancer les services de base
Pour les autorités locales, le retour complet à la normale dans le secteur de Banyali-Kilo passe avant tout par la consolidation de la paix et le renforcement durable de la sécurité. La relance des activités agricoles et la réhabilitation des infrastructures sociales de base, notamment dans le domaine de la santé, sont également essentielles. Sans ces mesures, les populations continueront de vivre dans une précarité qui les expose à des risques sanitaires et économiques majeurs. La présence de cas suspects d’Ebola rappelle l’urgence d’agir pour éviter une détérioration supplémentaire de la situation humanitaire dans cette partie de l’Ituri.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
