Les progrès médicaux enregistrés dans la lutte contre la maladie à virus Ebola ne suffiront pas à enrayer l’épidémie sans une implication réelle des communautés locales. C’est l’alerte lancée par le Conseil national des forums des ONG humanitaires de la RDC (CONAFOD-RDC) dans un récent rapport. Selon cette plateforme, la riposte se heurte à une résistance persistante sur le terrain, alimentée par des rumeurs infondées, le refus du suivi des contacts et la persistance d’enterrements clandestins non sécurisés. Ces pratiques continuent d’alimenter les chaînes de contamination, malgré les avancées sanitaires.
La confiance, un maillon faible de la riposte
Pour le CONAFOD-RDC, le principal obstacle reste la méfiance des populations envers les équipes de réponse. Le réseau d’ONG insiste sur le fait que seules les organisations locales peuvent susciter la confiance nécessaire à une lutte efficace. En effet, les ONG de terrain, les associations de femmes et de jeunes, ainsi que les réseaux de survivants d’Ebola sont les premiers à intervenir lors de l’apparition de foyers épidémiques. Ils demeurent également les seuls à accompagner durablement les communautés après le départ des agences internationales. Cette présence continue leur permet de comprendre les dynamiques sociales et de répondre aux inquiétudes spécifiques des habitants, ce que des équipes extérieures peinent souvent à faire.
Un financement direct pour des actions de proximité
L’action de ces structures locales est toutefois fortement limitée par le manque de ressources financières adéquates. Le CONAFOD-RDC souligne qu’un accès direct aux fonds d’urgence leur permettrait de remonter plus rapidement les alertes sanitaires, grâce à leur présence permanente dans les villages. Leur légitimité sociale faciliterait aussi la déconstruction des fausses rumeurs et la sensibilisation aux protocoles de prévention. Pour concrétiser cette approche, la plateforme propose la création d’un mécanisme novateur : l’Action locale de lutte contre Ebola. Ce dispositif vise à canaliser des fonds directement et rapidement vers les structures communautaires de base, en évitant les lourdeurs bureaucratiques des grands programmes extérieurs. Un tel financement direct pourrait par exemple permettre de former des relais communautaires, de distribuer du matériel de protection ou d’organiser des séances de dialogue dans les zones réticentes.
Responsabiliser les communautés pour un rempart durable
Pour la synergie des ONG locales, responsabiliser et financer adéquatement les communautés constitue l’unique rempart durable face aux crises épidémiques actuelles et à venir dans l’Est de la RDC. Cette approche, centrée sur l’ancrage communautaire, pourrait transformer la dynamique de la riposte en misant sur la proximité et la confiance plutôt que sur la seule technicité médicale. Le CONAFOD-RDC appelle ainsi à un changement de paradigme, où les acteurs locaux deviennent les piliers de la lutte contre Ebola. En pratique, cela signifie que les décisions de santé publique devraient être co-construites avec les communautés, en tenant compte de leurs croyances et de leurs besoins réels. Sans cette implication, les efforts médicaux risquent de rester fragiles face à la résistance sociale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
