La ville de Kolwezi, chef-lieu de la province du Lualaba, ne verra pas la marche pacifique prévue par la Coalition Article 64 (C64) le mercredi 8 juillet 2026. Le maire Jacques Kindele a signifié l’interdiction de cette manifestation en invoquant la menace de l’épidémie d’Ebola. Cette décision, qui s’accompagne d’une mesure radicale interdisant tout regroupement de plus de deux personnes sur l’ensemble du territoire urbain, soulève des questions sur l’équilibre entre les impératifs sanitaires et l’exercice des libertés constitutionnelles.
Une interdiction fondée sur le risque Ebola
Dans sa décision, l’autorité urbaine justifie l’interdiction par la situation épidémiologique liée au virus Ebola. La maladie, qui se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée, peut se propager rapidement lors de rassemblements de foule. En interdisant la marche, la mairie applique un principe de précaution visant à éviter tout risque de contamination au sein de la population de Kolwezi. Cette mesure sanitaire s’étend au-delà de la manifestation elle-même, puisque le maire a également proscrit tout attroupement de deux personnes ou plus jusqu’à nouvel ordre, une disposition qui impacte directement la vie quotidienne des habitants.
Un itinéraire et des revendications clairement définis
La Coalition C64 avait pourtant respecté le cadre légal en informant la mairie de son intention, conformément à l’article 26 de la Constitution congolaise qui garantit la liberté de manifestation. Dans un courrier daté du 1er juillet 2026, les organisateurs détaillaient l’itinéraire : rassemblement à la place Saditend, dans la commune de Manika, puis parcours à travers plusieurs artères de la ville pour aboutir à un sit-in devant l’Assemblée provinciale du Lualaba. L’objectif affiché était de réaffirmer « l’attachement des citoyens au respect de la Constitution, à la défense de l’État de droit et à la préservation de l’ordre constitutionnel de la République ». La correspondance portait les signatures de plusieurs responsables politiques et de la société civile, parmi lesquels Sylas Kabang Irung (ACh), Charlotte Cime Jinga (Ensemble), Rams Tshibamb Maren (ENVOL), Lauraine Kapend Tshisol (LGD), Clotaire Sambwe (ECiDé), Gaston Muchidi (ACD), ainsi que des représentants de CONACO, RBEC, MDVC, la Fondation Muyej, la LUCHA et NP/CFP.
Quelles conséquences pour les libertés publiques ?
L’interdiction de tout regroupement de deux personnes soulève des interrogations pratiques. Concrètement, cette mesure pourrait affecter les files d’attente devant les commerces, les rassemblements familiaux ou les discussions entre voisins. Si l’objectif sanitaire est compréhensible, l’absence de précision sur la durée de cette restriction laisse les citoyens dans l’incertitude. Par ailleurs, le report de la marche de la C64 à Kinshasa au 22 juillet 2026, annoncé par les organisateurs, montre que la mobilisation se poursuit sous d’autres formes. À Kolwezi, l’interdiction totale empêche toute expression collective, même symbolique, ce qui pourrait alimenter un sentiment de frustration chez les partisans de la coalition.
Un contexte sanitaire qui redéfinit l’action citoyenne
La décision du maire de Kolwezi illustre la manière dont les autorités locales peuvent utiliser l’argument sanitaire pour restreindre les rassemblements. Si la menace d’Ebola est réelle et nécessite des mesures de protection, l’absence de cas documentés dans la source ne permet pas d’évaluer le niveau de risque immédiat dans la ville. Les citoyens sont ainsi placés devant un dilemme : accepter des limitations temporaires de leurs droits au nom de la santé publique, ou chercher des canaux alternatifs pour faire entendre leurs revendications. La situation à Kolwezi rappelle que la gestion des épidémies ne se limite pas aux seuls aspects médicaux, mais engage aussi des choix politiques et sociaux qui méritent un suivi attentif.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
