À Matadi, dans la province du Kongo-Central, des jeunes se tournent de plus en plus vers des aphrodisiaques traditionnels pour améliorer leurs performances sexuelles. Ces produits, vendus librement sur les marchés, dans les rues et même en ligne, suscitent l’inquiétude des médecins locaux. Leur composition reste inconnue et leurs effets sur la santé préoccupent les professionnels, qui y voient un risque pour la santé publique.
Un recours motivé par la fatigue physique
Pour de nombreux jeunes, ces remèdes sont perçus comme une solution naturelle pour compenser la fatigue liée à des journées de travail éprouvantes. Fiston Bayekula, motard à Matadi, témoigne de ses longues heures sur la moto : « Cela nous cause des problèmes de dos. Alors, sans ces renforts (aphrodisiaques), on est foutus ». Ce recours aux aphrodisiaques traditionnels s’inscrit dans une logique de maintien de la performance, malgré l’épuisement physique. La fatigue accumulée, notamment les douleurs dorsales, pousse ces jeunes à chercher un soutien artificiel pour répondre aux attentes de vigueur.
Des tradipraticiens défendent leurs remèdes
Les tradipraticiens, de leur côté, défendent l’efficacité de ces préparations à base de plantes. James Mutanda, connu sous le nom de Docta, insiste sur le lien entre la santé du dos et la vigueur masculine : « La force d’un homme réside dans son dos. Si tu as des hémorroïdes, tu ne pourras plus être performant ». Pour lui, ces produits contribuent à l’endurance et au bien-être général. Cette vision traditionnelle, qui associe la robustesse physique à la capacité sexuelle, alimente la demande pour ces remèdes non validés scientifiquement.
Un médecin alerte sur les dangers
Mais pour le docteur Georges Baka, de l’hôpital de Kinkanda, ces promesses relèvent de l’illusion. « Il n’existe aucune preuve médicale de médicaments capables d’allonger ou de grossir le pénis. Ces pratiques exposent à de graves conséquences », avertit-il. Le médecin souligne que la vente libre de ces produits, sans contrôle de leur composition ni de leurs effets secondaires, constitue un danger pour la santé publique. Il appelle à un encadrement plus strict de leur commercialisation. Les risques incluent des réactions toxiques, des interactions avec d’autres traitements, ou le masquage de problèmes de santé sous-jacents qui nécessiteraient une prise en charge médicale.
Un enjeu de santé publique
L’usage excessif de ces aphrodisiaques traditionnels pose la question de la régulation des remèdes à base de plantes. Sans études cliniques, leurs risques restent méconnus. Les autorités sanitaires sont interpellées pour mieux informer la population et encadrer ces pratiques, afin de protéger les consommateurs. Une sensibilisation sur les dangers de l’automédication et la nécessité de consulter un médecin en cas de troubles sexuels pourrait aider à réduire les risques. En attendant, les jeunes de Matadi continuent de recourir à ces produits, pris entre la pression sociale et l’absence d’alternatives accessibles.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
