Le Bureau urbain de l’Économie nationale de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, a publié le 26 mai 2026 un nouveau barème officiel encadrant les prix du transport en commun dans la région. Cette décision, matérialisée par un document signé du chef de bureau intérimaire Kambale Ismael Amir, fixe les tarifs par passager pour les voitures et les motos sur plusieurs axes clés reliant Beni aux localités voisines. L’objectif affiché est double : réguler un secteur souvent sujet à la spéculation et appliquer les mesures barrières contre la maladie à virus Ebola, en vigueur depuis les décrets du gouverneur de province.
Pour les véhicules de type berline, limités à quatre passagers en plus du chauffeur, les prix varient considérablement selon la distance et l’état des routes. Le trajet le plus onéreux est Beni–Bunia, facturé 150 000 francs congolais (FC) par personne. Ce montant reflète non seulement la longue distance, mais aussi les difficultés logistiques d’un axe traversant des zones d’insécurité. À titre de comparaison, relier Beni à Mambasa coûte 75 000 FC, soit la moitié du prix pour un itinéraire pourtant presque aussi long, ce qui interroge sur les critères de tarification. Les liaisons Beni–Biakato (40 000 FC) et Beni–Kasindi (36 000 FC) complètent le tableau des destinations moyennes, tandis que les courts trajets urbains ou périurbains comme Beni–Mangina et Beni–Oicha sont plafonnés à 7 500 FC. Pour les motos, limitées à un seul passager, le barème s’échelonne de 7 500 FC (Beni–Oicha) à 15 000 FC (Beni–Kantine), avec des tarifs intermédiaires tels que 12 500 FC pour Beni–Mabalako et 8 000 FC pour Beni–Mangina.
Ces prix s’inscrivent dans un contexte sanitaire strict. En réponse à la résurgence d’Ebola, les autorités provinciales imposent des restrictions de passagers pour limiter les contacts physiques. Ainsi, chaque voiture ne peut embarquer que quatre voyageurs, contrairement à la pratique habituelle de surcharge, et les motos-taxis doivent se contenter d’un seul client. Le Bureau de l’Économie nationale insiste sur le fait que ces mesures visent à protéger à la fois les usagers et les transporteurs, tout en évitant que ces derniers ne profitent des limitations pour gonfler artificiellement les prix.
L’impact concret de ce barème sur le quotidien des habitants est immédiat. Pour un commerçant devant se rendre régulièrement à Bunia, le coût d’un aller-retour s’élève désormais à 300 000 FC, une somme considérable dans une région où le revenu médian reste faible. Cela risque de freiner les échanges économiques entre Beni et le reste de la province, déjà mis à mal par l’insécurité. De plus, la limitation à quatre passagers pourrait entraîner une rareté de l’offre de transport, poussant certains opérateurs à abandonner les itinéraires peu rentables ou à exiger des paiements informels pour compenser le manque à gagner. Les voyageurs les plus modestes, contraints d’utiliser les motos pour de courtes distances, verront leurs dépenses augmenter mécaniquement puisque le tarif est désormais fixe par personne, sans possibilité de partage.
L’intervention publique sur les prix du transport, bien qu’apparemment protectrice, n’est pas sans conséquences économiques. D’un côté, elle offre une prévisibilité aux usagers et combat la spéculation qui gangrène le secteur. De l’autre, un plafonnement rigide peut décourager l’investissement dans le transport public, détériorer la qualité du service et créer des marchés parallèles où les prix réels dépasseront largement l’officiel. À long terme, l’économie locale pourrait pâtir d’une mobilité réduite : les producteurs agricoles peineront à acheminer leurs récoltes vers les centres de consommation, les travailleurs verront leur accès à l’emploi limité, et le coût de la vie augmentera par répercussion des frais de transport sur les denrées.
Face à ces enjeux, le succès de ce nouveau barème dépendra de la capacité des autorités à en contrôler l’application, sans étouffer un secteur déjà fragile. La transparence des critères de fixation des tarifs, la prise en compte réaliste des coûts supportés par les transporteurs (carburant, entretien, sécurité) et un dialogue avec les syndicats du secteur seront essentiels pour éviter que cette régulation ne se transforme en contrainte supplémentaire pour une population éprouvée par les crises sanitaires et sécuritaires. En définitive, le prix du transport à Beni est bien plus qu’une question de chiffres : c’est un révélateur des tensions entre santé publique, pouvoir d’achat et développement économique dans l’est de la RDC.
Article Ecrit par Amissi G
Source: actu30.cd
