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Kasindi : le collecteur d’eau en péril à cause d’impayés

Les pluies diluviennes qui s’abattent sur Kasindi, à 90 kilomètres de Beni, ravivent chaque année le cauchemar des inondations. Des quartiers entiers se transforment en marécages, menaçant les habitations et la santé des populations. Face à cette urgence, la construction d’un collecteur d’eau de ruissellement était perçue comme une lueur d’espoir. Pourtant, ce projet vital pour la région du Nord-Kivu est aujourd’hui menacé par un écueil imprévu : un retard de paiement qui pourrait bien le paralyser. Comment un tel blocage est-il possible pour une infrastructure aussi cruciale ?

La société civile Nouvel Espoir, coordination territoriale de Beni, a tiré la sonnette d’alarme. Dans un mémorandum adressé au gouverneur militaire du Nord-Kivu, Somo Kakule Evariste, elle exprime de vives inquiétudes quant à un possible retard dans les travaux du collecteur d’eau de Kasindi. La structure a été saisie par un collectif de fournisseurs travaillant avec l’entreprise RTMC, chargée de l’exécution du chantier. Ces derniers dénoncent un retard d’environ quatre mois dans le règlement de leurs factures et menacent de suspendre la livraison des matériaux si leurs créances ne sont pas honorées. Ce retard de paiement de la part de RTMC jette une ombre sur l’avancée des travaux à Beni et dans ses environs.

« Nous sommes à un moment critique », pourrait-on entendre dans les couloirs de la société civile Nouvel Espoir. « Si les fournisseurs coupent les vivres, le chantier va s’arrêter net. » Cette situation illustre les dysfonctionnements chroniques qui entravent souvent les projets d’utilité publique en République Démocratique du Congo. Les petits et moyens entrepreneurs, piliers de la chaîne d’approvisionnement, se retrouvent étranglés par des retards administratifs ou financiers, faisant peser un risque direct sur les populations.

Lancé en septembre 2025, ce projet ambitieux prévoit la construction d’un canal d’environ 10 mètres de largeur, 2 mètres de profondeur et près de 4 kilomètres de longueur. D’un coût estimé à 2,4 millions de dollars américains, il est destiné à canaliser les eaux de pluie et à limiter drastiquement les inondations dans le Nord-Kivu, particulièrement dans plusieurs quartiers vulnérables de Kasindi. Son achèvement représenterait un soulagement tangible pour des milliers de familles qui vivent avec la peur au ventre à chaque saison des pluies.

Or, la menace de suspension de la fourniture des matériaux pourrait ralentir, voire interrompre temporairement le chantier. Imaginez l’absurdité de la situation : une infrastructure conçue pour prévenir des catastrophes naturelles est elle-même mise en péril par une catastrophe administrative. Les conséquences seraient lourdes. Un arrêt des travaux signifierait une prolongation de la souffrance des habitants, une exposition accrue aux maladies hydriques et des dégâts matériels répétés. Le collecteur d’eau Kasindi est bien plus qu’un simple canal ; c’est un bouclier contre la misère.

Face à cette impasse, la société civile Nouvel Espoir appelle les autorités provinciales à une mobilisation urgente. Elle les presse de prendre des mesures concrètes pour faciliter le paiement des factures en souffrance et assurer la poursuite normale du chantier. Son plaidoyer soulève une question fondamentale : jusqu’à quand les projets structurants resteront-ils otages de lourdeurs bureaucratiques et de problèmes de trésorerie ? La crédibilité des institutions est en jeu, tout comme la confiance des citoyens envers leur capacité à réaliser des ouvrages essentiels.

Le cas du collecteur d’eau de Kasindi est emblématique des défis de développement dans l’Est du Congo. Il met en lumière la fragilité des chaînes logistiques et la nécessité d’une gestion plus transparente et réactive des fonds publics. Les populations du Nord-Kivu attendent des actes, non des promesses. Elles méritent de voir ce projet aboutir pour enfin tourner la page des inondations à répétition. L’intervention des autorités pour résoudre le retard de paiement de RTMC n’est pas seulement une question technique ; c’est un impératif moral et social. L’heure est à l’action, avant que la prochaine averse ne vienne rappeler, de manière cruelle, l’urgence qui a été ignorée.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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