À Mbuji-Mayi, où la poussière ocre de la terre du Kasaï-Oriental se mêle aux effluves d’huile et de térébenthine, une silhouette déterminée défie l’horizon. Perchée sur une échelle, pinceau à la main, Mamichou Mitongu trace son destin sur la surface brute des murs. Cette artiste peintre, mère de trois enfants, incarne depuis plus de deux décennies une résistance silencieuse et colorée face aux préjugés tenaces. Dans un secteur des métiers du bâtiment où la présence des femmes au Congo relève encore de l’exception, son parcours dessine les contours d’une autonomie conquise à coups de rouleaux et de persévérance.
Son histoire commence loin des échafaudages, sur les bancs de l’Académie des Beaux-Arts de Lubumbashi. En 2003, diplôme en poche, elle pose ses valises à Mbuji-Mayi, animée par une conviction simple : la beauté n’est pas une affaire de genre. Sa palette devient son outil de travail, transformant les façades anonymes en toiles monumentales. « Je voyais les papas monter sur les échelles, et je me disais que moi aussi je devais essayer », confie-t-elle, dans un sourire qui en dit long sur son audace tranquille. Cette image d’une femme peintre en RDC, ascendant sans crainte vers les hauteurs, interroge : jusqu’où les traditions peuvent-elles définir nos vocations ?
Son art n’est pas qu’une question d’esthétique ; c’est un acte d’affirmation. Les murs d’institutions comme la CNSS ou les locaux d’Airtel portent la marque de son talent, témoins muets de sa légitimité professionnelle. De Kabinda à Ngandajika, ses couleurs voyagent, et avec elles, la preuve qu’une femme peut exceller dans les métiers du bâtiment au Congo. Mais Mamichou Mitongu n’entend pas s’arrêter aux finitions. Avide de savoir, elle franchit les portes de l’Institut National de Préparation Professionnelle (INPP), élargissant son champ de compétences à la plomberie et au carrelage. Cette diversification est une stratégie, un rempart contre la précarité, lui ouvrant de nouveaux marchés dans la construction.
Derrière chaque coup de pinceau, derrière chaque carreau posé, résonne un plaidoyer plus large. Pour Mamichou, l’autonomie financière des femmes n’est pas un slogan, mais une nécessité tangible. « Les femmes doivent apprendre un métier au lieu de vivre la main tendue », lance-t-elle, avec la force tranquille de celle qui a transformé son atelier en espace de liberté. Son discours est un appel à briser les chaînes de la dépendance, à forger sa propre destinée. N’est-ce pas là l’essence même de l’émancipation ?
Son combat dépasse sa personne. Elle rêve de voir fleurir des écoles de métiers, des lieux où les jeunes, et particulièrement les femmes, pourraient acquérir les outils de leur indépendance. À travers son exemple, elle esquisse les fondations d’une société plus équitable, où le talent primerait sur les conventions. L’artiste peintre de Mbuji-Mayi ne se contente pas de décorer le monde ; elle participe à le réparer, à le reconstruire sur des bases plus justes. Son œuvre la plus aboutie n’est peut-être pas sur les murs, mais dans l’inspiration qu’elle sème chez celles qui osent, désormais, envisager une autre voie.
Dans l’atelier où s’entassent pots de peinture et projets en gestation, l’air est chargé de créativité et de volonté. Mamichou Mitongu, figure incontournable de l’artiste peintre à Mbuji-Mayi, incarne cette génération de femmes congolaises qui réécrivent les règles, sans fracas mais avec une détermination inébranlable. Son parcours est une symphonie de couleurs et de courage, une démonstration que les barrières, aussi solides semblent-elles, finissent toujours par céder face à la constance du talent. Elle peint, et en peignant, elle libère un chemin pour toutes celles qui rêvent, dans l’ombre, de prendre leur envol.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
